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Marc Halévy : L’après-darwinisme

Marc Halévy : L’après-darwinisme

Une chronique de libre opinion de Marc Halévy : La théorie de la sélection naturelle et le dogme génétique sont moribonds.

Lorsque D. Raoult écrit que : « Le darwinisme est dépassé » (2011), ou que T. Lodé proclame que : « l’ère de l’après-Darwin est arrivée » (2014), ce n’est pas la théorie de l’évolution qui est remise en cause, mais bien le principe de la sélection naturelle. Le darwinisme est un évolutionnisme qui fait de la sélection naturelle son moteur. Dès le départ, le darwinisme eut des concurrents : le lamarckisme (la transmission des acquis), le saltationnisme (des sauts brusques), le vitalisme et l’intentionnalisme (la poussée complexifiante), …


Le darwinisme moderne – ou néodarwinisme ou théorie synthétique de l’évolution – est né entre 1940 et 1950 et repose sur trois postulat faux. Primo : le postulat que l’ADN est le programme de fabrication de tout l’organisme et que ce génome subit des mutations « par hasard ». Secundo : le postulat qu’il ne peut y avoir de transmission des caractères acquis (la vie n’apprendrait rien). Tertio : le postulat que ces mutations sont triées par la sélection naturelle qui filtre le mieux adapté.

Quant au premier postulat, il s’effondre dès l’an 2000 (à l’occasion du décryptage du génome humain) lorsqu’on se rend compte que les séquences génétiques, en elles-mêmes, ne donnent rien si elles ne sont pas activées ou désactivées par les facteurs épigénétiques (essentiellement environnementaux, mais pas seulement). En bref : les gènes sont sous dépendance de facteurs extérieurs. Par exemple, malgré le fait que toutes les larves de la ruche possèdent le même génome, cette larve d’abeille deviendra reine ou ouvrière selon ce qu’on lui donne à manger (gelée royale ou miel ordinaire). Il en va de même pour la spécialisation des cellules de notre corps qui, quoiqu’ayant le même génome, deviendront du neurone ou du leucocyte, du foie ou du rein, du muscle ou de l’os. Avec l’épigénétique, c’est toute la morphogénétique (c’est-à-dire la physique des émergences et des processus complexes) qui est – enfin, à nouveau – propulsée sur le devant de la scène scientifique.

Le second postulat du néodarwinisme se fissure depuis que l’on sait avec certitude que certains caractères acquis se transmettent d’une génération à l’autre, par voie génétique, même, chez l’homme (2002 : Bygren et Pembrey).

Le troisième postulat affirme la sélection naturelle des caractères les mieux adaptés (l’adaptationnisme) ; l’erreur est de croire en une logique booléenne à l’œuvre dans la sélection. Suite à l’émergence d’un caractère nouveau, il n’y a pas de « bon » ou « mauvais » ; il y a tout un éventail de possibles, plus ou moins favorables, dont l’efficacité dépendra fortement de l’habileté du bénéficiaire dans son rapport dialectique avec son milieu.

Déjà Darwin avait compris qu’il fallait compléter la sélection naturelle ; il inventa la sélection sexuelle (les caractères de séduction). Mais il faut aujourd’hui aller beaucoup plus loin. Les caractères sociaux sont aussi des caractéristiques qui, via la cohésion et l’efficience de la collectivité (qui est aussi un organisme vivant de niveau « supérieur »), permettent de meilleures chances de survie et de perpétuation.

Or, ces caractères associatifs, séducteurs et combattifs ne sont pas nécessairement convergents entre eux ; ils sont même souvent antagoniques. Les facteurs associatifs, en permettant le développement de comportements collectifs de synergies, d’alliances, de symbioses, de mutualismes, sont aussi des « amplificateurs de survie » essentiels, quoique non génétiques. Avec les espèces les plus développées, il faudra encore envisager des facteurs culturels (langages, intelligences, imaginations, mémoires, … tous non génétiques).

Et si le darwinisme s’effondre au sein des sciences biologiques, il s’effondre autant dans tous les champs d’application où l’on a voulu l’imposer. En économie, par exemple, où le principe de concurrence a été érigé en dogme pendant longtemps, mais qui cède de plus en plus de terrain aux économies collaboratives et « gratuites ». De même, les principes de sélection universitaires, si chers aux grandes écoles françaises, favorisent les spécialistes en bachotages divers, mais éliminent les génies, les créatifs ou les entrepreneurs. La fin du darwinisme n’est qu’une des multiples manifestations de la fin du paradigme de la modernité, c’est-à-dire du mécanicisme, du réductionnisme et du déterminisme.

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