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La Doume puydômoise ou le développement des monnaies locales

La Doume puydômoise ou le développement des monnaies locales

Depuis janvier 2015, les habitants du Puy-de Dôme peuvent se procurer leur monnaie locale complémentaire, la Doume, développée par l’association ADML63. Retour sur un mouvement d’expression locale, mais d’ampleur mondiale.


Aux origines : « redonner du sens à nos échanges »

 « Mondialisation », « globalisation », « internationalisation »… Tels sont les concepts, à la fois acceptés, remis en cause et utilisés pour comprendre le monde actuel. Ces processus se traduisent notamment par la libéralisation des échanges, le développement des moyens de transport et de communication, mais aussi et surtout par l’interdépendance croissante des économies. Néanmoins qui ne s’est jamais senti un peu perdu face à la complexité d’un système économique mondialisé, dans lequel la monnaie transite aux quatre coins du globe, et devient finalement un outil de spéculation, d’enrichissement des plus riches et d’appauvrissement des plus pauvres… Des multiples scandales depuis la crise de 2008, beaucoup en retiendront l’évidente fragilité d’un système financier international, et la remise en cause du libéralisme total. En bref la monnaie, un moyen de faciliter les échanges au service du bien-être de l’Homme, aurait perdu de son sens premier. Face à ce sentiment de dépossession, un mouvement se développe à l’échelle mondiale depuis les années 1930 : « les monnaies complémentaires », plus communément appelées « monnaies locales», la plupart du temps nées d’initiatives individuelles ou associatives.

A l’heure où mondial et local s’affrontent et s’accordent, découvrons des initiatives voulant redonner une place au local dans le secteur économique.

Les principes d’une monnaie locale

 A l’origine des monnaies complémentaires, une idée simple : une monnaie qu’on ne pourrait utiliser que dans un territoire restreint, à l’échelle d’un département, d’une ville, ou encore d’un bidon ville. A travers le monde, on compte des milliers de monnaies locales, dont des exemples fameux tels que l’Ithaca aux États-Unis, la Brixton Pound britannique, ou encore le Chiemgauer allemand. Si les modalités d’utilisation de la monnaie peuvent varier – elle peut par exemple être une monnaie fondante – le but reste le même : redynamiser l’économie locale avec une monnaie circulant plus vite que l’euro et créatrice de circuits courts, utilisée chez des prestataires de biens et de services locaux, et permettant ainsi la diminution des coûts du transport et de l’empreinte écologique. Autre but, et non des moindres, combattre la spéculation et les paradis fiscaux avec une monnaie qu’on ne peut épargner, une monnaie purement dédiée à la consommation. Par la compréhension et l’expérience, le citoyen peut ainsi se réapproprier le secteur économique. En France, on compte environ 25 monnaies locales déjà mises en place, avec des exemples de réussites tels que le SOL violette toulousain ou l’Abeille à Villeneuve-sur-Lot, on compte 20 projets de plus sur les deux prochaines années. Ainsi la Doume, si elle est le résultat d’un concept encore méconnu, est donc loin d’être une exception, encore moins une curiosité. Elle est l’aboutissement de plus de deux ans de préparation fournie par l’Association pour le Développement des Monnaies Locales du Puy de Dôme et alentours (ADML63), qui compte à son actif prés de 500 adhérents.

La Doume des Puydômois

 Avant d’être utile, il fallait que cette monnaie soit symbolique : son nom est le résultat d’un vote démocratique au sein de l’association, et évoque le mot « dôme » en langue occitane francisée. Du blé, de l’oseille, des briques… Tant de synonymes du mot « argent » mis à l’honneur sur les billets de 1, 2, ou encore 50 Doumes. Pour vous procurer des Doumes, il vous suffit de vous rendre dans un comptoir d’échange de monnaie, et de l’utiliser chez les prestataires, tant de biens que de services, ayant adhéré à l’association. Avec au démarrage 40 commerces utilisant la Doume, le nombre de prestataires a doublé en deux mois d’existence. Plus précisément, l’association finance et produit les billets chez un imprimeur local situé dans les Combrailles. Une fois imprimés, les billets bénéficient d’un gaufrage les rendant infalsifiables. Les groupes locaux et comptoirs de change de l’association, répartis sur l’ensemble du département reçoivent un stock de Doumes. Une fois la conversion effectuée, le groupe local dépose les euros dans un fond de garantie à la Nef, une coopérative de finances solidaires. Astrid Ursem, trésorière d’ADML63, nous confie : « Nous cherchons un moyen d’utiliser ces euros pour aider les entreprises locales, le but étant la création d’un cercle économique vertueux dans le Puy de Dôme ». Le succès d’une monnaie repose sur sa circulation et sur la confiance que l’utilisateur investit dans cet outil, dans l’idéal, le prestataire ne reconvertit pas la Doume en euros. Toutefois s’il en a le besoin, il peut reconvertir les Doumes en euros avec un taux théorique de 5% de perte, de quoi en effrayer certains… « Nous sommes conscient que c’est un argument en défaveur de la Doume, nous n’appliquons donc pas ce taux de change pour l’instant. Mais il faut noter que, depuis son lancement, la Doume a été très peu de fois reconvertie, c’est une monnaie qui circule bien et s’utilise facilement », nous explique Astrid.

La Charte des valeurs

Outre la promotion de l’économie locale, l’intégration des prestataires au réseau est conditionnée par la signature d’une Charte des valeurs, qui se veut être une sorte de « label qualité » auprès des consommateurs et prestataires. Cette Charte édicte certaines règles en accord avec l’utilisation de la monnaie locale : favoriser l’activité et les emplois locaux, mettre en place des pratiques respectueuses de la nature, permettre l’accès à des biens et services de qualité au plus grand nombre, promouvoir une production Bio, de bonnes conditions de travail, etc. Ne pas remplir toutes les conditions de la Charte n’est pas rédhibitoire pour intégrer le réseau des utilisateurs de Doumes : en effet c’est la bonne volonté qui prime avec la mise en place d’un « défi annuel », le prestataire peut par exemple s’engager à mettre en place un système de tri des déchets pour l’année à suivre, et ainsi tendre petit à petit vers les valeurs de la Charte. Dans tous les cas, l’intérêt de ce label est double, puisqu’il profite au consommateur comme au producteur : mise en avant de la qualité et de l’éthique des projets, l’intégration à un réseau et surtout, qu’il s’agisse de l’achat ou de la vente, vendre et consommer ne sont plus des actions neutres, elles résultent du choix des acteurs économiques.

Entre incertitude et aspiration : l’avenir de la Doume

Malgré des airs de formule magique, la monnaie locale a aussi ses détracteurs et échecs : l’un de ses premiers opposants a pu être l’Etat. Aujourd’hui légale dans une grande partie du monde, elle a pu être stoppée par les gouvernements voulant réaffirmer leur monopole vis à vis de la monnaie, à l’exemple de l’Allemagne et l’Autriche dans les années 30. Mais elle a également été victime de sa réussite : en Argentine dans les années 70, une monnaie locale lancée dans un contexte difficile a eu beaucoup de succès, tellement de succès qu’elle s’est développée à l’échelle nationale, et a fini par perdre ses avantages premiers. D’un territoire trop vaste à une utilisation trop restreinte, elle peut aussi être mal connue ou trop peu utilisée, et donc mourir dans l’œuf. « Notre plus grand défit est le contrôle de son utilisation : une monnaie locale trop discrète n’a pas de sens, mais il ne faut pas non plus qu’elle dépasse les limites de son territoire. Il faut également inciter les gens à prendre l’habitude d’utiliser la Doume, que cela devienne un automatisme. Pour cela, nous pensons mettre en place un abonnement, qui permettrait aux utilisateurs de recevoir un petit stock de Doumes chaque mois », nous explique Astrid.

Instrument collectif au service des acteurs économiques, une monnaie locale ne peut tenir ses promesses qu’avec l’implication de chacun. Ainsi seul le temps nous permettra de mesurer le succès de la Doume.

A ce jour: 

478 utilisateurs de Doumes
77 prestataires
10 groupes locaux
22 comptoirs
13969 Doumes en circulation



Un article de la rédaction du Journal de l’éco

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