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Vincent de Gaulejac : « La logique de la performance constitue le premier facteur de stress »

Vincent de Gaulejac : « La logique de la performance constitue le premier facteur de stress »

Vincent de Gaulejac, sociologue, professeur de sociologie à l’UFR de Sciences sociales à l’université de Paris VII-Diderot, présente au Journal de l’éco ses recherches sur la société malade de la gestion et les causes du mal être au travail. Un phénomène de société débattu lors de la conférence « Comment le Stress tue l’Entreprise ! » prévue le mercredi 4 décembre 2013, 14h-19h30, espace municipal multimédia Georges Conchon à Clermont-Ferrand.


Auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont La société malade de la gestion, La lutte des places et Le coût de l’excellence, Vincent de Gaulejac a rejoint le collège de 11 chercheurs (économistes, sociologues, anthropologues, psychologues et neurobiologistes) réunis par Thierry Pétrequin pour présenter la conférence
« Comment le Stress tue l’Entreprise ! »
le 4 décembre 2013 à Clermont-Ferrand.

Selon vous, quels sont les facteurs de stress au travail ?

Vincent de Gaulejac : « La montée du stress et du mal-être au travail repose sur un « gestionnisme » c’est-à-dire une certaine forme de gestion qui s’est installée dans les années 1970 dans les entreprises les plus performantes. Cette nouvelle conception de la gestion se traduit par la gestion des ressources humaines, le management par objectif, le management par projet, l’évaluation par les résultats, l’avancement au mérite et lean production – ce que l’on appelait aussi le toyotisme – qui vont se répandre dans toutes les entreprises. Ce sont à la fois des nouvelles pratiques de management et une nouvelle conception du management que je propose d’appeler « l’idéologie managériale ». »

Quels sont les fondements de cette « idéologie managériale » ?

Vincent de Gaulejac : « Les piliers de cette idéologie managériale sont d’abord épistémologiques. Les sciences de gestion proposent plusieurs paradigmes qui expliquent sur quels fondements repose cette pensée. Nous avons le paradigme positiviste, le paradigme utilitariste, le paradigme fonctionnaliste et le paradigme des ressources humaines.
Le paradigme positiviste : la réalité n’est vue qu’à partir de l’approche solution et pas de la réalité telle qu’elle est. Tout ce qui est analyse critique est exclu.
Le paradigme utilitariste ne prend en compte la pensée qu’à partir du moment où elle est utile à la productivité, à la rentabilité, etc. La recherche doit être pensée pour être appliquée et ne doit pas être nécessairement fondamentale.
Le paradigme fonctionnaliste : l’entreprise est considérée comme un ensemble de fonctions. Comme si l’organisme était régulé par des normes fonctionnelles alors qu’une entreprise est une médiation entre des contradictions, des enjeux de pouvoir, des intérêts différents, etc.
Le paradigme des ressources humaines est un renversement anthropologique majeur puisque c’est l’humain – et non plus l’entreprise – qui devient une ressource pour une finalité qu’est le développement de l’entreprise, son profit et sa rentabilité.
Ces pratiques de management amènent à faire adhérer l’individu aux valeurs de l’entreprise c’est-à-dire qu’il intériorise les valeurs de profit, de rentabilité, de compétitivité, de réactivité, d’adaptabilité, de mobilité, etc. Le salarié doit conformer son fonctionnement intellectuel et psychique à ces exigences. De cette manière, il va pouvoir trouver un emploi et satisfaire ses ambitions narcissiques d’être performant, aimé et reconnu. »

Finalement, la montée du stress et du mal être au travail est causée par les logiques productivistes ?

Vincent de Gaulejac : « Non pas seulement. La logique de la haute performance a sa part de responsabilité. Les entreprises demandent à leurs collaborateurs d’être toujours un peu plus performants, d’être durablement hors du commun. Cette exigence met sous tension les salariés qui ne peuvent pas être hors du commun sur le long terme. Finalement, si tout le monde devient hors du commun durablement, que devient le monde commun ?  »

Quelles sont les répercussions de cette logique de la haute performance sur les travailleurs ?

Vincent de Gaulejac : « Etre libre 24h/24 pour travailler c’est l’aliénation par le travail c’est-à-dire que vous vous ne vous arrêtez plus de travailler. Pour pouvoir répondre à ses objectifs, le salarié va travailler les soirs, les week-ends et même la nuit. Il va répondre à ses mails alors qu’il n’est pas censé travailler. Petit à petit, il est pris dans une obligation intériorisée de travailler en permanence, d’être disponible en permanence pour être réactif et flexible. Le travail devient finalement sa finalité de l’existence. Ces travailleurs se retrouvent dans un burn out qui les consume de l’intérieur. »

Comment le monde doit évoluer pour réduire ce stress au travail ?

Vincent de Gaulejac : « Le stress n’est que le symptôme d’une crise majeure. Les actionnaires ont imposé leurs logiques à l’ensemble du monde du travail. Il est urgent de retrouver un équilibre entre les exigences du capital, les exigences du travail et les exigences des fournisseurs et des clients. En d’autres termes, il faut insérer des espaces de régulation entre les intérêts des différents acteurs et remettre en question cette novlangue managériale qui soumet les acteurs au service d’un objectif financier : la rentabilité du capital et la logique du profit. »

Un publi-rédactionnel du Journal de l’éco
Catty Tavel

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Publi-rédactionnel

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