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Faire de nos croyances des leviers pour l’action

Faire de nos croyances des leviers pour l’action

Les croyances sont constitutives de la personnalité et de la stabilité individuelle. D’après Cécile Cardon, psychologue sociale, coach professionnelle membre de l’EMCC Auvergne, les croyances permettent d’optimiser ce que je sais faire, donnent la force de l’action. Lorsque le passage à l’action est bloqué, le coach peut accompagner la personne afin de transformer cette “croyance limitante” pour faire émerger une “croyance ouvrante” dans laquelle le coaché réinjecte ses propres valeurs.


Chaque mois, un coach de l’EMCC Auvergne, l’antenne régionale de l’EMCC France (European Mentoring and coaching council), 1re fédération des coachs professionnels, superviseurs et mentors en France s’exprime sur une thématique liée à l’accompagnement des personnes et des organisations. Une manière de partager notre expertise et notre regard de coachs. Ce mois, Cécile Cardon, psychologue sociale, coach professionnelle, notamment spécialisée en equi-coaching et animatrice des ateliers de professionnalisation de l’EMCC Auvergne, nous explique comment elle travaille avec ses clients sur les croyances et montre en quoi le coaching peut être une clé pour faire de nos croyances des leviers pour l’action dans le respect de nos valeurs et de notre identité.

Une croyance, une constitution individuelle

Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’une croyance ? « La croyance est le processus mental expérimenté par une personne qui adhère à une hypothèse, qu’elle considère comme vérité, indépendamment des faits ou de l’absence de faits, confirmant ou infirmant cette hypothèse. » Pas de modèle scientifique, pas d’antithèse, la croyance est une certitude plus ou moins grande par laquelle un individu admet la vérité ou la réalité de quelque chose.

Les croyances sont constitutives de la personnalité et de la stabilité individuelle. C’est une gageure associée aux valeurs de la personne. A la naissance, nous sommes confrontés directement à notre environnement par nos 5 sens qui donnent des informations. L’information que je reçois subit des altérations et des déformations : il y a les filtres perceptifs, le bain social et culturel dans lequel j’évolue, mais aussi les expériences vécues qui viennent affermir ou bousculer mes croyances. La construction mentale donne un fondement objectif aux croyances du type « je crois que » en donnant une cohérence expérientielle.

Cette réalité a des fondements objectifs qui donnent de la consistance et rassurent. Le point de vue que j’ai des choses est partiel. Quand je n’ai pas les éléments, je développe des arguments subjectifs qui donnent des fondements objectifs. Nous avons tous besoin de développer une cohérence du monde pour pouvoir exister.

Se rapprocher de sa réalité vécue

La question de l’accompagnement des personnes dans le respect de cette constitution individuelle est donc fondamentale pour le coach. En tant que coach, je travaille sur les croyances limitantes uniquement si elles sont un frein pour atteindre l’objectif défini avec le coaché puisqu’elles font parties de sa construction identitaire et que je ne suis pas missionnée pour modifier son identité profonde.

Interroger les croyances, aider le coaché à se rapprocher de sa réalité vécue : le coach doit disposer d’un cadre de référence solide, conceptuel et opératoire pour faire travailler son coaché qui, lui, va avoir besoin de comprendre quel est ce regard qu’il a sur le monde et l’impact sur sa vie personnelle et professionnelle. La prise de conscience vient du coaché : comment je crois ce que je crois et comment je peux/veux travailler pour lever mes croyances qui m’empêchent d’atteindre l’objectif défini ? C’est un travail minutieux qui requiert un sérieux savoir-faire de la part du coach.

Prenons un exemple : je reçois une personne qui, entre autres choses, me fait part de ses interrogations quant à l’évolution organisationnelle de la structure dans laquelle elle occupe un poste à responsabilités dans le domaine ressources humaines. Elle me relate un échange qui dérange son système de valeurs. Son interrogation concerne : il a tort, j’ai raison ! Les faits : un collègue, recruté depuis peu et avec un niveau d’études équivalent au sien est déterminé à faire valoir sa valeur au titre de la reconnaissance de ses pairs, et revendique une revalorisation de son salaire. Ma coachée est très choquée de cette attitude car elle croit que le mérite ne se vend pas mais qu’il se voit, qu’il doit être récompensé et non réclamé. Elle admet que cette valeur lui vient de sa culture familiale et elle ajoute : « d’ailleurs, cela a plutôt bien réussi à tous les membres de ma famille depuis mon grand-père jusqu’à mes frères. Alors pourquoi il cherche à revendiquer sa valeur professionnelle alors que j’en fais 3 fois plus que lui et que je ne demande rien, moi ! »

Dans cet exemple, on est bien dans le schéma d’un système de valeurs individuelles qui crée une croyance, et celle-ci devient bloquante pour ma coachée. Sa posture tant personnelle que professionnelle est nouée par cette valeur très forte du mérite et un besoin de reconnaissance très fort de sa valeur travail.

Quand une croyance perturbe 

La subtilité consiste à chercher, par le questionnement, l’expérience fondatrice : « cela a plutôt bien fonctionné pour tous les membres de ma famille », et qui, clairement, perturbe sa propre posture professionnelle. En revisitant ses expériences passées, nous allons explorer la fonction utile de cette croyance pour elle et mettre en évidence les valeurs qui incarnent cette croyance. Les croyances, ici, nourrissent un besoin de reconnaissance très ancré.

Il est important de rappeler les fondamentaux pour l’individu : la croyance que je considère comme vraie est celle qui me permet de faire le meilleur usage de ma force et qui me donne les meilleurs moyens de transformer mes qualités en action. Ma croyance est saine quand :
– elle est fondée sur mon expérience,
– elle est acceptable pour mon système cognitif,
– elle m’aide à mieux obtenir ce que je souhaite (désir),
– elle est un soutien de la vie, de l’évolution et de la santé,
– elle me permet d’éviter les conflits ou les absences de conflit indésirables,
– elle m’aide à ressentir la vie en moi,
– elle est en accord avec mon système de valeurs et favorise mon auto-détermination.

Dans l’exemple ci-dessus, la croyance perturbe la personne au point de venir remettre en question ses capacités à travailler dans l’entreprise, voire à être confortable dans la société d’aujourd’hui.

Autoriser le changement

Selon le cadre de référence de l’analyse transactionnelle (E. Berne) ou encore la systémie brève, le coach s’intéresse à l’injonction afin de permettre, voire d’autoriser le changement. Une injonction constitue un ordre ou une interdiction transmise par une figure d’autorité. Elle peut être vécue comme une contrainte : un des axes du travail de coaching va permettre d’identifier ces contraintes, les drivers (sois fort(e), sois parfait(e), fais des efforts, dépêche-toi, fais plaisir), et de créer des permissions pour la personne concernée.

Chaque femme et chaque homme se cherche le droit à l’existence. Pour cela, l’humain va chercher à prendre conscience de ses sensations corporelles, de ses ressentis ou encore de ses sentiments. Parmi les permissions fondamentales, il y a le droit d’exister, de réussir et d’être soi-même, et d’être heureux. Les croyances sont constitutives de ma personnalité et personne ne peut me dire d’en changer si ce n’est pour accompagner un changement significatif qui va permettre une nette amélioration pour l’ensemble de ma vie.

 

Croyance limitante vs croyance ouvrante

En tant que coach, je trouve l’injonction, ensuite je travaille avec le coaché sur sa logique interne et son système de valeurs : respecter celui-ci, alléger la charge et créer une ouverture acceptable. Il est fondamental de vérifier avec le coaché que cette nouvelle lecture est acceptable pour lui, que cette vision a un sens et qu’il se sent respecté. Il s’agit avant toute chose de faire émerger une croyance ouvrante dans laquelle le coaché réinjecte ses propres valeurs. C’est ici que mon travail prend son sens et son importance. En tant que coach, je sais identifier les croyances associées aux valeurs et aux besoins. Les vraies croyances permettent d’optimiser ce que je sais faire, donnent la force de l’action. Lorsque le passage à l’action est bloqué, certainement que je suis sur une croyance limitante. La reformulation est une aide précieuse pour faire prendre conscience que le point de vue peut être modifié tant que je reste dans une sphère d’acceptation pour le coaché.

 

Cécile Cardon

psychologue sociale, coach professionnelle, notamment spécialisée en equi-coaching et animatrice des ateliers de professionnalisation de l’EMCC Auvergne

Bibliographie :
W. Schutz, L’élément humain,
E. Berne, Analyse transactionnelle et psychothérapie, et tous ses ouvrages,
J. Curnier, Coaching global,
G. Braden, la guérison spontanée des croyances,
B. Lipton, la biologie des croyances.

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