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Christian Buchet : La mer, la clé pour comprendre l’Histoire et la Géopolitique

Christian Buchet : La mer, la clé pour comprendre l’Histoire et la Géopolitique

Le 6 avril dernier, les dirigeants du club APM Auvergne Nouveau Monde ont accueilli Christian Buchet, directeur scientifique d’Océanides et auteur de “La grande histoire vue de la mer” (éditions Cherche Midi), qui intervenait sur le thème : « Décrypter les enjeux de demain. Une nouvelle lecture historique et géopolitique du monde ».


Christian Buchet, directeur scientifique d’Océanides et auteur de “La grande histoire vue de la mer” (éditions Cherche Midi), est un homme passionnant et passionné qui a probablement tous les titres et les honneurs qui peuvent être rattachés de près ou de loin à la mer. Pour lui, la mer explique la configuration actuelle de notre monde. Elle n’est pas seulement un miroir de l’histoire car il émerge en permanence de la mer de nouvelles activités qui vont générer des richesses, des emplois, et de nouvelles façons de vivre.

Crise ou renaissance ?

Notre génération au sens large, de 3 à 113 ans, à la chance inouïe de vivre un temps exceptionnel, tel que le monde n’en a connu depuis la Renaissance au tournant du 15e siècle. Ce n’est pas peu dire que nous sommes bien nés. Christian Buchet partage et échange autour de cette conviction fondée sur ses travaux, à savoir que nous ne sommes pas en crise mais que nous vivons une formidable période de mutation regorgeant d’opportunités.

Le problème, c’est que l’on ne mesure pas que nous sommes entrés, depuis une quinzaine d’années, dans un nouveau Temps de l’Histoire. Nous sommes dans une nouvelle donne qui ouvre à tous les possibles et nous évoluons dans un monde débordant d’opportunités, dans un pays regorgeant d’atouts à portée de main et de l’esprit du savoir-faire et être de nos entreprises. Telle est la conclusion qui se dégage des 267 chercheurs du Programme international de recherche Océanides, dont Christian Buchet assure la direction scientifique, qui vise à dégager dans l’Histoire universelle les éléments structurants de la réussite qu’elle soit individuelle ou collective.

Adopter de nouvelles manières de voir, d’avoir et d’être

Le vrai défi auquel nous sommes confrontés est celui de notre aptitude à voir, à penser différemment. Nous sommes trop souvent enclavés dans des modes de représentation, de fonctionnement, d’interprétations périmées parce que le monde n’est plus celui-là. Parler de crise, c’est se situer dans un temps révolu car nous sommes entrés à pleine vitesse, depuis une quinzaine d’années, dans un nouveau Temps de l’Histoire qui suppose de nouvelles manières de voir, d’avoir et d’être.

L’Histoire permet non seulement de dégager les spécificités, les ruptures et continuités de ce nouveau Temps, mais aussi les attitudes et comportements qui créent les conditions du succès. Conjuguée à la Géopolitique, elle nous permet de découvrir les stratégies visant à optimiser nos atouts, et à entrevoir avec confiance et optimisme l’avenir, à lui donner sens et intelligibilité.

Chaque Temps de l’Histoire est caractérisé par une nouvelle manière de VOIR, d’AVOIR et d’ETRE.

Une nouvelle manière de VOIR résulte de l’évolution de la hiérarchie des 5 sens d’une période historique. Cette mutation entraine à des structurations mentales différentes. Les manières de voir, percevoir, sentir diffèrent d’une période à une autre et ne sont plus adaptées à la résolution des problèmes d’une période pour peu qu’il y ait décalage spatio-temporel. En ce sens, l’invention de la « perspective » nous a fait rentrer dans la linéarité, celle du progrès linéaire qui a caractérisé l’Occident depuis la Renaissance. Nous entrons aujourd’hui dans une dynamique qui n’est plus seulement linéaire mais également verticale qui caractérise l’univers de la tridimensionnalité. Une manière de regarder qui permet de « gérer le complexe » et qui gagnerait à être appréhendé tant dans le système éducatif que dans la formation.

Une nouvelle manière d’AVOIR et d’ETRE : Depuis le néolithique, « le sédentaire » semble l’avoir emporté sur « le nomade ». Or, la roue de l’Histoire, depuis la fin des années 1990, semble tourner dans l’autre sens. Nous devons apprendre à conjuguer la qualité première du sédentaire (la projection dans le temps) avec la qualité première du nomade (la projection dans l’espace).

Pour mieux appréhender le monde dans lequel nous sommes entrés, nous pouvons nous éclairer de deux lanternes. D’une part, nous entrons dans un troisième Temps de l’Histoire. Après le Temps des Méditerranées et le Temps de l’Atlantique, voici l’avènement de « l’Océanotemporain », caractérisé par l’interaction entre les deux moteurs de l’Histoire que sont la Mer et la Démographie.

D’autre part, l’Histoire montre que ce sont les forces vives, « Ces Messieurs de Saint-Malo », pour reprendre le titre de Bernard Simiot, qui font l’Histoire et non des monarques ou des États dont nous attendons trop souvent tout. A partir de cet éclairage, nous devons nous poser les questions suivantes : comment je me projette dans le temps et l’espace ? En tant que dirigeant dans quel temps est-ce que je suis ? Est-ce que mes modes de représentation ont évolué ?

La nouvelle donne géopolitique

Pour comprendre cette nouvelle donne, il faut considérer trois données essentielles :

1. La révolution de 1994 et la territorialisation de la mer (ZEE) qui annonce un monde nouveau. La France ou « l’Archipel France » se situe fort heureusement dans 10 premières ZEE alors que la Chine, plus mal lotie mais clairvoyante, crée des îles « naturelles-artificielles » pour accroître sa ZEE en prenant le risque de déclencher des conflits en mer de Chine

2. Les nouvelles routes de la soie, annoncées par le président Xi Jinping en septembre 2013, vont totalement bouleverser l’économie-monde en l’espace de deux décades. Ces routes de la soie représentent une nouvelle conception de la logistique au niveau mondial qui constitue une menace et de formidables opportunités. Cette « nouvelle donne » pose la question du choix et du développement de grands ports européens, la question de l’articulation Europe-Afrique, comme atout porteur d’avenir et la question des conséquences du choix par la Chine de la stratégie de contournement de l’Inde.

3. Un nouveau big-bang géographique : la révolution des passages du Nord. Il s’agit de nouveaux passages du nord-ouest et du nord-est qui créent une Géopolitique de l’Arctique. Cette « nouvelle Méditerranée » appelle la tenue d’un nouveau Yalta ou Tordesillas bis et pose la question de la place pour la Russie dans l’échiquier mondial dont deux enjeux majeurs que sont la Crimée et la Syrie.

De nouveaux défis et de formidables opportunités

On ne pourra transformer les défis en opportunités que si l’on accepte de sortir du cadre sachant que la mer dans ses quatre dimensions spatiales contient la « quasi-totalité » des solutions pour un avenir mieux que durable, désirable.

La mer est un facteur de compétitivité pour chaque entreprise où qu’elle soit implantée. Dans ce sens, le fait que l’hinterland fait de l’Alsace-Lorraine la région la plus maritime de France nous incite à envisager des nouveaux aménagements en termes de routes logistiques vitaux pour assurer la compétitivité des autres régions françaises.

La mer nous ouvre un nouveau cadre et nous offre des solutions face aux grands défis majeurs que sont :
– L’énergie (éoliennes flottantes / hydroliennes / Energie Thermique des Mers (ETM) / énergie houlomotrice…).
– La nouvelle répartition des « Terres rares », ces 17 métaux stratégiques nécessaires pour la haute technologie et dont la Chine assure encore près de 96% des exportations.
– Le défi de l’eau douce.
– Le défi du sable, défi numéro 1 d’un demain qui commence aujourd’hui.
– Le défi de l’alimentation.
– Le défi de la santé et les perspectives ouvertes par les biotechnologies marines et le bio mimétisme.
– Le défi de construire sur la mer

Si la mer contient la quasi-totalité des solutions et nous aide à penser autrement, il convient également de la considérer comme un « bien commun » et de lutter contre les dégradations que nous lui faisons subir, la plus préjudiciable pour notre santé étant son acidification provoquée par nos émissions de CO2.

Conclusion 

Christian Buchet souligne qu’il y a toujours une trentaine d’années de transition entre deux périodes historiques. Une nouvelle partie de l’histoire de l’humanité se met en place. Tout joueur de cartes sait combien « faire son jeu », entre la distribution des cartes et le début de la partie est absolument décisif. C’est cet instant crucial, au regard du temps que nous vivons aujourd’hui. C’est le moment de faire son jeu, mettre au point sa stratégie et qui va engager durablement la partie qui s’annonce. Et pour cela, il nous faut nous adapter aux nouveaux paramètres, apprendre à voir, penser autrement pour gérer le complexe. Il propose aux dirigeants de l’APM d’être déjà dans le rythme du nouveau monde qui est en train de prendre corps car il y a une place à prendre et que cela a du sens.

Gilles Flichy



Un article de la rédaction du Journal de l’éco

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