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Crédit Agricole Centre France : du lien social dans les territoires

Crédit Agricole Centre France : du lien social dans les territoires
Crédit photo : Jean Seppak

Marc Deschamps, Directeur général du Crédit Agricole Centre France (CACF), s’est montré disert lors du petit déjeuner hebdomadaire du Club de la presse Auvergne. L’ingénieur agronome (62 ans) a successivement abordé la crise actuelle, la croissance, l’administration, le rôle de la banque, l’agriculture, la responsabilité sociale et l’avenir. Morceaux choisis et tranchés.


Fils d’agriculteur né à Bessay-sur-Allier en 1952, l’auvergnat porte de nombreuses casquettes. A la tête du Crédit Agricole et de la Banque Chalus, il est aussi rapporteur à la Fédération Nationale du Crédit Agricole, administrateur de filiales et de la Fondation CACF, de “Passerelle” (dispositif d’aide aux “accidentés de la vie”), de l’ASM Clermont-Auvergne et vice-président du Conseil Economique, Social, Environnemental et Régional d’Auvergne (CESER). La liste est longue, et cela ne semble pas pour autant faire trop d’ombres à son fidèle engagement. Les 40 années passées au sein du Crédit Agricole marquent un dévouement anachronique, à l’heure de la valse accélérée des dirigeants. Mais comme il le dit avec amusement, « je ne suis pas tout à fait normal ! »

Dans une une crise sans précédent, le chef d’entreprise a pris les rênes de la caisse régionale en décembre 2010. « La vie a beaucoup souri au méritocrate que je suis, cela m’a poussé à apporter mon expérience à cette caisse. Je suis fondamentalement un acteur. Face au déficit public, un changement de méthode est nécessaire… Dans le blocage conduit par la crise des subprimes, l’Etat français s’est porté caution pour notre économie. C’est peut-être la décision la moins pire qui a permis d’échapper à une libéralisation plus accentuée, mais qui n’a pas été expliquée, comprise par le public. » L’optimiste rajoute qu’ « au-delà des grands talents, nous avons le tort en France de légiférer systématiquement devant un problème, ce qui amène une énergie considérable pour contourner les obstacles. Contrairement à la pensée générale et au regard des chiffres, les entreprises ne vont pas si mal dans notre pays. La gestion est plus difficile pour tous c’est évident, les commerçants souffrent plus. A l’inverse, l’agriculture enregistre une année record, le crédit repart à la hausse, les professions libérales, certains artisans vont mieux. Les collectivités publiques se remettent doucement.» La dépression n’aurait pas lieu d’être ?

Si les clignotants repassent au vert, la croissance pointera donc son nez ? « Bien que l’Europe se soit construite trop vite, les grandes démocraties doivent s’habituer à des taux plus faibles (3 % contre 5 et plus) et à partager davantage. Je ne crois pas que l’innovation dopera la croissance, elle y participera au même titre que la coopération avec le continent africain. Toute mesure destinée à nous rapprocher est bonne, comme le minimum social en Allemagne. Je ne suis pas favorable à la fermeture des frontières. » Au titre de 2013, la banque verte a renoué avec les bénéfices (5,2 milliards d’€ pour les 39 caisses régionales réunies).

Pour la simplification administrative. « Je l’ai mise en œuvre dans notre caisse en créant un poste de censeur pour stopper toute diffusion de document commercial inapproprié. En Allemagne, il faut 4 jours pour monter une porcherie, 8 mois en France ! » Choc ou bien tsunami ? Terre à terre, il se veut néanmoins très optimiste pour l’agriculture. « C’est un besoin vital et la pilule ne remplacera pas encore les bons produits issus de la culture et de l’élevage. En Auvergne, nous sommes la capitale mondiale du génome du blé, les chinois nous envient à juste titre. » Fort de sa connaissance géographique du territoire français, « je m’interroge sur le recul de l’export des produits agricoles français (du 2e au 6e rand mondial en moins de 10 ans), quand les allemands progressent avec une prime à l’export. »

A l’origine de la création de la banque il y a plus de 100 ans, les agriculteurs restent encore des clients choyés. « Notre banque doit être proche de ses clients. Je souhaite investir dans les agences, quand d’autres préfèrent dématérialiser. Je fais le pari que notre présence dans les territoires, notamment sous la forme de camion satellitaire, nous permettra de maintenir et renforcer ce lien social. Je raisonne à long terme. » Cette logique présentielle ne dément pas pour autant le succès des 441 distributeurs automatiques des départements de l’Allier, du Puy-de-Dôme, de la Creuse, de la Corrèze et du Cantal. Il s’autorise même l’idée du concept store et sa communication de proximité.

Enfin, la responsabilité sociale différencie-t-elle le Crédit Agricole des autres banques ? « Nous accordons 4 millions à plus de 2 000 actions de terrain. A la différence des tarifs, la notion de territoire est un axe fort de notre singularité. D’ailleurs, en Auvergne, il est important de noter que les 3 banques à vocation mutualiste (Crédit agricole, Caisse d’épargne et Banque populaire) se partage 80 % du marché ! Nous subventionnons une chaire d’excellence avec Limagrain et la Caisse d’Epargne sur la question de la performance du modèle coopératif et sa stabilité par rapport aux autres statuts d’entreprise. Je veux également ouvrir largement la banque au sociétariat (100 000 nouveaux d’ici 3 ans). Face aux dérives du pouvoir et de l’Homme seul, le seul médicament est la coopération. » Dans une société court-termiste, la France a les talents pour se ressaisir. Reste à se retrousser les manches.

 

 Jean Seppak

 



Un article de la rédaction du Journal de l’éco

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