webleads-tracker

Clubs, syndicats, clusters et réseaux

Elsa Godart : Sincérité managériale, un gage de réussite

Elsa Godart : Sincérité managériale, un gage de réussite

La sincérité managériale, vecteur de réussite tel est le postulat d’Elsa Godart, docteur en Philosophie et en Psychologie. Et tout commence, selon elle, par mieux se connaître pour pouvoir se réaliser soi-même, tendre finalement vers une sagesse de l’action en transformant en liberté ses contraintes pour ainsi faire progresser l’entreprise. Cumulé à plus de dialogue, d’écoute et de prise en compte des attentes de ses collaborateurs, la sincérité dans le management permet d’adopter une posture équilibrée entre autorité et confiance. Explications.


Le 8 décembre dernier, les dirigeants du club APM Auvergne Nouveau Monde ont accueilli Elsa Godart, docteur en Philosophie et en Psychologie qui intervenait sur le thème : « La sincérité ». Elsa Godart exerce en tant que psychanalyste enseignante à l’Université de Paris Est, Paris 3 et à la Sorbonne, chercheur au laboratoire LIPHA-PE, auteur et critique de livres. Elle s’est spécialisée dans le domaine de l’Ethique médicale, assure la direction d’un DU éthique et anime un groupe éthique de psychologues à l’Hôpital de la Salpêtrière. Soucieuse de créer des passerelles entre l’enseignement, la recherche et le monde économique, elle est conférencière et formatrice en entreprise et intervient au sein de clubs de dirigeants afin de les aider à mieux se connaître et se réaliser pour faire progresser leur entreprise.

La sincérité et la vérité

En faisant voyager à travers l’histoire de la philosophie, Elsa Godart fait comprendre que la sincérité ne relève pas de la morale omniprésente chez les Grecs et par nature collective, catégorique et impersonnelle mais davantage de l’éthique plus subjective qui s’applique davantage aux comportements, aux coutumes, aux habitudes et aux manières d’être.

Le concept de sincérité ne pourra éclore qu’à partir de l’apparition du sujet et de la subjectivité qu’introduira la chrétienté avec l’émergence du libre arbitre, de la réflexion sur soi et de l’intériorité. Quittant le champ des principes catégoriques de la Morale qui définie ce qui est bien et ce qui est mal, la sincérité s’affranchit de la nécessité de dire la vérité pour nous amener à mieux nous connaître et à exercer en toute conscience notre libre arbitre.

Être en adéquation avec soi-même

Libéré du devoir de se conformer exclusivement à une morale impersonnelle, le dirigeant est alors confronté à un dilemme difficile celui de devoir choisir et décider, à partir de son intime conviction, sans disposer de toutes les données du problème et dans un contexte économique de plus en plus incertain et imprévisible.

Pour faire face à cette situation complexe, il doit tendre à mieux se connaître, à identifier ses talents et ses faiblesses et à mettre en adéquation ses pensées, ses paroles et ses actions. Cette posture lui permettra d’acquérir une sagesse de l’action et d’évoluer vers une nouvelle forme de management plus centrée sur le dialogue, l’écoute et la prise en compte des attentes de ses collaborateurs.

Faute de pouvoir disposer de certitudes avérées pour décider en son âme et conscience, Elsa Godart lui propose de retrouver le sens originaire de l’idée de Vérité. Pour ce faire, elle introduit la notion d’Alètheia qui signifie « le dévoilement de l’être » et l’invite à se tourner du côté de l’art, le thermomètre d’une société qui éclaire ce qui va advenir. La force de l’artiste, à ses yeux, c’est de donner à voir à travers une émotion esthétique ce que l’on ne voyait pas. La contemplation de l’œuvre d’art permet ainsi au dirigeant d’accéder aux racines et à l’essence de la vérité et éclaire sa décision.

Tel un caillou dans sa chaussure qui l’amène sans cesse à s’interroger et à sortir de sa zone de confort, cette quête incessante de lui-même, va permettre au dirigeant de se sentir vivant et d’être plus transparent. Dans ces conditions, il pourra se forger son « intime conviction » et sera mieux disposé à exercer sa volonté en maîtrisant le mieux possible les contraintes de son environnement.

A quoi ça sert d’être sincère ?

Ne pouvant pas se défiler ou pratiquer le déni face aux exigences de ses responsabilités, dans un contexte où la vérité devient difficile à appréhender, le dirigeant doit donc impérativement et en permanence « être capable de se saisir » et la question de savoir « qui il est » va s’imposer à lui chaque fois qu’il est confronté à un mur et face à une impasse ou à une situation insaisissable.

Sachant qu’en matière d’éthique il n’y a pas de bonnes réponses, être sincère va permettre, quand on ne sait pas et que l’on doit agir et décider, d’exercer librement son choix et d’en assumer pleinement les conséquences. C’est à ce prix que le dirigeant pourra réaliser ses talents et accomplir ce pourquoi il est fait par nature. Il pourra ainsi réussir sa vie, arriver à « être bien » pour entrainer les autres sachant que, quand il est au clair avec son désir, le dirigeant est aussi beaucoup plus clair avec les autres.

Le paradoxe de la liberté

De façon paradoxale, pour s’éprouver comme libre, il faut éprouver ses contraintes et avoir la capacité de les transformer en liberté par l’opportunité de ses choix. Si un dirigeant veut libérer ou responsabiliser son entreprise, il va lui falloir choisir ses propres contraintes de façon sincère et assumer ses choix. A l’heure où de plus en plus d’entreprises aspirent à libérer et à responsabiliser leur équipe, le parti pris de la sincérité est un gage de réussite qui s’impose parce qu’il permet d’adopter une posture équilibrée entre l’autorité et la confiance.

Ce choix implique, pour le dirigeant, d’avoir le courage de faire le pari de l’autre en lâchant progressivement les rennes du contrôle. Il permet en retour de libérer l’originalité, l’engagement, le plaisir et l’imagination de tous les acteurs de l’entreprise répondant ainsi avec justesse aux attentes des jeunes générations et aux enjeux économiques de l’environnement de l’entreprise.

Pour réussir cette transformation audacieuse, Elsa Godart invite les dirigeants de l’APM à faire le pari de la sincérité car ils n’ont rien à perdre. Ce choix de la sincérité leur permettra de faire progresser leur entreprise en responsabilisant tous ses acteurs qui pourront ainsi, à leur tour, se réaliser et être heureux au travail.

Gilles Flichy



Un article de la rédaction du Journal de l’éco

Si vous avez aimé cet article,
partagez le !