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RH & Management

Entreprise et émotions : l’équation insoluble ?

Entreprise et émotions : l’équation insoluble ?
© Freepik

Les émotions ont-elles leur place en entreprise ? Ne sont-elles pas un aveu de faiblesse pour celui qui ose les partager en public ? Dans sa tribune, Marie-Pierre Glenisson, membre de l’EMCC, revient sur l’importance de ses émotions qu’il faut savoir écouter – et surtout pas contrôler ni renier ! – pour engager le changement d’une situation que notre inconscient ne cautionne pas. L’experte revient également sur le stress, le “mal du siècle” de nos entreprises. Explications.


Les émotions sont rarement bienvenues en entreprise car elles sont souvent considérées comme une manifestation de faiblesse ; vu de l’extérieur, la personne qui les exprime, ne sait pas se maîtriser, mais vu de l’intérieur, la personne pense qu’elle a montré une faille qui peut être exploitée par les autres pour la détruire.

L’exemple : la démission de Nicolas Hulot

C’est la même chose en politique, notre Gouvernement fonctionnant comme une grande entreprise. J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt la déclaration de Nicolas Hulot, notre ministre de l’écologie, au moment où il a annoncé en direct le 28 août 2018 à l’antenne de France Inter, sa décision de démissionner dans « Le grand entretien ». Il s’y est exprimé certainement après mure réflexion, mais avec une grande sincérité et ses émotions étaient palpables. Cette annonce a été, bien sûr, analysée par les journalistes et j’ai particulièrement suivi l’analyse de « C dans l’air » de France 5, que j’ai trouvée particulièrement intéressante. La journaliste Caroline Roux, qui animait le débat, se basant sur justement les émotions montrées par Nicolas Hulot, dit dès le début de l’émission « ça ressemble à un coup de sang » ; et après un mini-reportage où on voit Hulot en proie à une émotion palpable durant 20 secondes, Caroline Roux se tourne vers ses invités en leur posant la question qui tue : « Hulot avait-il les reins assez solides ? » et elle insiste avec une nouvelle question : « on voit un ministre de premier plan qui est fragile, qui donne l’impression de réagir à chaud , est-ce qu’il était fait pour le job ? »

En réalité, les personnes qui montreraient leurs émotions dans le cadre de l’entreprise, redoutent que leurs collègues ou leur hiérarchie se posent exactement les mêmes questions que celles émises par Caroline Roux au sujet de Nicolas Hulot : est-ce qu’on ne remettrait pas en cause leurs compétences à assumer le job ?

 

Faut-il partager ses émotions en entreprise ?

Je vous rassure, les invités ont tous validé le fait qu’il avait la carrure de l’emploi même s’il ne possédait pas tous les codes politiques qui lui auraient facilité la tâche. Et ils ont insisté sur 3 choses importantes :
– le courage de la décision prise
– le courage de sa sincérité
– et le besoin de mettre ses actes en accord avec son ressenti profond.

Est-ce que par hasard Nicolas Hulot ne serait pas sorti grandi en ayant mis à jour sa pensée profonde dans l’esprit de la majorité de nos concitoyens ?

On peut considérer que, dans l’entreprise, il se joue des choses de même type. Un de mes collègues partageait un jour son expérience où un chef d’entreprise rencontrait des difficultés économiques, et ne savait plus quelle direction prendre. Son coach lui suggéra de partager l’information avec ses collaborateurs et, après avoir travaillé sur ses peurs de paraître faible et d’être déconsidéré parce qu’il n’avait pas la solution pour sortir de l’ornière, il a pu leur dire qu’il avait besoin d’eux pour déterminer la meilleure solution. Ce chef d’entreprise a eu la surprise de voir les syndicalistes qui l’avaient toujours combattu, lui proposer leur aide, car ils n’avaient plus en face d’eux un patron fort à combattre mais un homme qui avait besoin d’eux.

Cette introduction sur les émotions laisse entrevoir que leur rôle n’est peut-être pas aussi négatif que ça, et les partager ne mène pas directement à une décrédibilisation. Alors quels sont les rôles de nos émotions ?

 

Émotions : quand l’inconscient nous parle

Nos émotions peuvent se voir comme des messages personnels de notre inconscient (cerveau limbique dit émotionnel) visant à nous faire prendre conscience que quelque chose ne va pas correctement et qu’il va falloir envisager un changement dans notre façon de faire. Ces messages ne s’adressent qu’à nous-même, et c’est à nous que revient le besoin de poser une ou des actions pour faire évoluer la situation. Comme ces émotions ne s’adressent qu’à nous, vous ne résoudrez pas votre problème de colère en hurlant sur votre voisin, ni d’ailleurs votre peur en restant figé dans votre coin.

Pour avoir une idée de ce que sont nos émotions, ma première suggestion serait de regarder « Vice-versa », un dessin animé des studios PIXAR qui, si vous ne le connaissez pas, vous amènera une vision imagée des émotions.

Je reprendrai une métaphore donnée par Christel Petitcollin dans son petit livre « Emotions mode d’emploi » aux éditions Jouvence dont je vous recommande la lecture :

C’est un peu comme si de bonnes fées s’étaient penchées sur le berceau [de l’humanité] et lui avaient fait cadeau de ces quatre émotions [de base] pour l’aider à piloter sa vie….
Ainsi nous démarrons la vie en étant bien équipé :
La joie nous sert de moteur pour avancer.
La colère est un accélérateur puissant pour sortir des situations enlisantes.
La tristesse est l’embrayage qui nous permet de changer de régime sans casser le moteur.
Et la peur, notre pédale de frein, nous incite à conduire prudemment et à aborder les virages de notre vie avec circonspection.”

Entre colère, peur, dégoût et tristesse… un message

Je vais donc apporter quelques précisions sur les messages spécifiques de chacune des quatre émotions de base vécues très souvent comme désagréables voire indésirables

1. La colère

La colère nous dit que la situation actuelle est inacceptable pour 3 raisons potentielles :
– Une de mes valeurs importantes pour moi, est bafouée
– Mes limites ont été franchies
– Mes besoins ne sont ni entendus, ni nourris et qu’il est temps de poser une action pour changer la situation.

2. La peur

Un danger existe dans mon environnement et il est temps que j’identifie des points de sécurité pour pouvoir continuer à avancer

3. Le dégoût

Quelque chose est toxique dans mon environnement et il est temps que je prenne de la distance.

4. La tristesse

La situation idéale espérée ne peut pas ou ne peut plus avoir lieu, et il va falloir que je l’accepte pour pouvoir passer à autre chose. En clair, je vais devoir faire le deuil de cette situation idéale espérée.

Comment gérer une émotion ?

Je vais en décevoir quelques-uns, apprendre à gérer une émotion n’est pas du tout apprendre à la contrôler ni même – pour les plus extrémistes – vouloir la supprimer.

Vouloir la contrôler est en général non seulement inutile mais, curieusement, amène cette émotion à être de plus en plus forte. Vous est-il déjà arrivé de vouloir contrôler votre colère et avoir l’impression que vous deveniez une sorte de cocotte-minute sous pression à la limite de l’explosion ?

Quant à vouloir faire taire une émotion qui cause de plus en plus fort dans votre tête, c’est non seulement aussi inutile que de débrancher un voyant rouge qui s’allume sur le tableau de bord de votre voiture, ou une sirène quand il y a le feu, mais tout aussi dangereux. Ça ne vous viendrait pas à l’esprit n’est-ce pas ? Et pourtant, combien de personne souhaiterait débrancher leurs émotions quand elles les dérangent !

La gestion émotionnelle passe obligatoirement par l’écoute du message, puis par le fait de poser une ou des actions pour changer la situation.

Si je ressens une colère, je peux juste me dire : « Oh, il y a une partie de moi qui pense que la situation est inacceptable, et si je l’écoutais pour comprendre exactement ce qui fait qu’elle soit inacceptable ? » Et après cette écoute, il va falloir se poser la question : « puisque une partie de moi pense que la situation est inacceptable, qu’est-ce que je pourrais faire pour amener un changement de la situation ? » Pour en savoir plus je vous suggère la lecture de mon article.

Le stress en entreprise, le “mal du siècle”

Le stress est une réaction physiologique de notre corps provoquée par notre système nerveux autonome qui stimule notre système dit sympathique, et nous amène normalement à trois réactions de base communes à tous les mammifères : se battre, fuir ou se figer. Cela parait aller de soi, mais qui dit « système nerveux autonome » veut dire qu’il nous est impossible de le contrôler volontairement.

Évidemment, si un jour ce type de réaction a été utile à nos ancêtres vivant des situations dangereuses, ce n’est plus du tout une réaction adaptée à notre mode de vie actuel, et plus particulièrement dans le monde du travail. Fuir ou se battre ne donnent que très rarement des résultats positifs en entreprise et donc très souvent nous sommes contraints à nous figer ce qui n’est pas non plus très aidant.

Si effectivement le stress est une réaction physiologique normale d’adaptation à notre environnement, maintenir un niveau de stress provoque, au-delà de la phase d’alarme, une phase dite de résistance, puis une phase dite d’épuisement qui va créer immanquablement des conséquences physiologiques graves, détériorer notre santé et diminuer considérablement notre productivité. Ce n’est donc jamais très productif d’utiliser le stress comme mode de management dans le monde du travail (lire pour vous en convaincre « le stress au travail » de Patrick Légeron, psychiatre de l’hôpital Sainte-Anne à Paris).

On sait aujourd’hui qu’on peut faire baisser notre niveau de stress par la stimulation de notre système parasympathique, antagoniste du système sympathique, en utilisant la respiration de cohérence cardiaque durant 5 minutes, 3 fois par jour ou en faisant de la méditation.
Pour faire simple, la respiration de cohérence cardiaque est une respiration abdominale où on commence toujours par souffler lentement pendant 6 secondes en contractant les abdominaux en fin d’expiration et en relâchant nos abdominaux pour faire une inspiration qui va se produire dans le bas des poumons et se traduire par l’impression que notre ventre se gonfle. Avis aux amateurs…

 

Marie-Pierre GLENISSON

 

 

 

 

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Un article de la rédaction du Journal de l’éco

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