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Histoires et contes d’entrepreneurs : Un rapprochement complexe, providentiel

Histoires et contes d’entrepreneurs : Un rapprochement complexe, providentiel

Entre récit de vie et conte légendaire, Gilles Flichy et Emmanuel de Lattre nous retracent le parcours de Raphaël Berardi, dirigeant de Buroclass.


Italien de souche et fils de menuisier, rien ne prédisposait Raphael Berardi, dirigeant de Buroclass, à l’entreprenariat.  Lui qui rêvait enfant de devenir architecte ou pilote.

Âgé d’à peine 23 ans en 1984 et après de courtes études en informatique, faute d’avoir pu intégrer un concours de grande école, il travaillait tranquillement comme analyste programmeur, quand un ami de 10 ans son aîné, ingénieur chez Ingérop, lui proposa de s’associer à son projet de création d’ une agence de traitement laser anticellulite. Après avoir essuyé un refus des banques, qui mit fin au projet, il fit l’objet l’année suivante d’un licenciement économique. Pénalisé par une difficulté d’élocution, il craignait de ne pas trouver un emploi salarié intéressant. Aussi, il orienta ses recherches vers une activité autonome plus intéressante et évolutive. Ce qui lui permit de préserver ses samedis et ses dimanches et qui ne nécessitait pas l’apport de fonds propres.

Son attention se porta sur une activité non représentée à Clermont-Ferrand qui ne répondait pas à ses attentes. Il profita astucieusement de l’opportunité de toucher le solde de ses droits au chômage, sous la forme d’un versement unique. Il put ainsi, au prix du sacrifice de ses droits, constituer son capital de départ. C’est alors qu’ayant renoncé à la possibilité de revenir en arrière, sans expérience commerciale et sans connaissance en gestion sérieuse, il se lança à corps perdu dans l’aventure.

Interview de Gilles Flichy

GF : Quelles ont été les principales difficultés que tu as dû affronter au démarrage ?

Ma principale difficulté consistait à commercialiser une prestation méconnue touchant la confidentialité de l’entreprise. Il s’agissait de convaincre mes clients de faire confiance à un jeune de 23 ans pour externaliser leurs archives, prestation qui n’allait pas de soi. Je m’ajustais avec souplesse en faisant évoluer mon offre vers une solution mixte, équipement ou prestations, puis par extension quelques mois plus tard, le mobilier de classement pour en arriver au mobilier de bureau.

Je craignais également à l’époque de ne pas faire les choses dans le bon ordre et par bonheur j’étais suffisamment jeune et inexpérimenté pour ne pas être totalement conscient des problèmes que j’allais rencontrer dans cette nouvelle aventure. Je résolvais donc les problèmes au fil de leur arrivée, en travaillant méthodiquement. J’embauchais en 1989 mon premier employé, mon jeune frère. Puis, à partir de 1992 un salarié par an, tous expérimentés, ce qui m’épargna les formations et problèmes managériaux.

GF : Qu’est ce qui t’a fait sortir de ta zone de confort et t’aventurer hors des sentiers battus ?

En 2004 se présenta ma première grande aventure entrepreneuriale : le rachat de la division mobilier d’un de mes confrères local. L’opportunité que je sentais intéressante pour mon entreprise devenait vite un problème, les équipes déjà en place ne pouvant fusionner pour des raisons de sureffectif commercial. Je décidais en conséquence, de créer une deuxième entité indépendante et concurrente avec pour chacune une stratégie spécifique.

GF : Comment as-tu vécu les difficultés que tu as rencontrées dans cette aventure ?

Cette situation s’avéra extrêmement complexe et difficile par le déchirement moral que je vivais, chaque équipe me reprochant de soutenir davantage l’autre, la victoire de l’une étant la déception de l’autre, créant ainsi un climat délétère qui m’a beaucoup affecté.

GF : Comment as-tu réussi à sortir de cette impasse ?

Je dû me résoudre 18 mois plus tard, après avoir déployé beaucoup d’énergie et ressenti une ingratitude extrême de la part des 2 équipes, à constater que ce choix s’avérait inopérant et que la fusion s’imposait. En dépit des difficultés rencontrées lors de la mise en place, cette fusion se révéla être un succès, économique bien sûr, mais surtout humain. Elle fut pour moi une véritable école de management et une source de créativité. Aujourd’hui encore, j’ai énormément de plaisir à voir la cohésion et la solidarité du groupe face aux contraintes externes. C’est cette cohésion qui nous permet d’affronter les turbulences rencontrées et nous permet de nous extraire mutuellement de notre zone de confort, pour imaginer ensemble les réponses à apporter aux évolutions de notre métier.

GF : Quel a été ton moteur dans la réussite de cette aventure ?

En définitive, ce qui me fait avancer c’est d’abord, bien avant le profit, prendre plaisir à construire ensemble, le plaisir de recevoir le sourire complice des clients satisfaits eux-mêmes des sourires obtenus par leurs collaborateurs à l’usage de leurs installations.

Les mots clés qui soutiennent ma posture de dirigeant : l’engagement, la réactivité, la persévérance, l’envie, le partage, la solidarité, la fiabilité, le bien-être et la sincérité. A la question quelle est votre stratégie d’entreprise, je réponds sans ambiguïté : « Satisfaire le client quel qu’en soit le coût. »

GF : Comment perçois-tu l’évolution de ton métier et de ton organisation ?

Je construis ma vision et mon rôle de dirigeant par rapport aux nombreux échanges que j’ai avec mes clients et qui sont toujours orientés vers le bien être des utilisateurs et leurs préoccupations. Les nouvelles contraintes du marché sont aussi pour moi source d’inspirations.

GF : Comment évolue ton activité aujourd’hui ?

La dernière innovation : Le 100 % facile, un concept lancé fin octobre 2015, qui couvre à la fois l’usage et l’entretien du mobilier jusqu’à son recyclage, que l’on peut résumer ainsi :
1. L’évacuation de l’ancien mobilier
2. La mise en place du nouveau mobilier
3. Une visite annuelle dans le cadre d’un contrat qui couvre le réglage et le nettoyage du mobilier
4. L’information régulière du personnel utilisateur
5. L’évacuation du mobilier en fin de la durée de vie du mobilier

GF : Dans quels grands courants porteurs s’inscrit l’évolution de ton entreprise ?

Pour commencer, je m’oriente vers la préparation d’un autre concept relatif au bien-être au travail, sûrement le plus beau car il est né d’un de mes collaborateurs. Il est porté et construit par tous dans une grande dynamique.
Parallèlement, un autre concept plus ambitieux encore à l’échelle nationale,qui pourrait voir le jour en 2016, afin de répondre à la mutation profonde du marché.

GF : Si tu avais le choix, te lancerais-tu à nouveau dans cette aventure ?

Si je devais recommencer mon aventure de dirigeant, je passerais beaucoup plus rapidement de la position de dirigeant autonome (qui a duré presque 20 ans) à celle de d’entrepreneur, que je vis aujourd’hui avec bonheur depuis 10 ans en portant la vision d’innovation et de croissance. En tant qu’entrepreneur, je me projette régulièrement dans l’avenir, toujours plus loin, pour anticiper et m’ajuster à temps aux mutations, tout en veillant en permanence à rester très proche de mes équipes sur le terrain.

GF : En définitive, comment définis-tu ton métier ?

Quand on me demande « quel métier fais-tu ? », j’ai très envie de répondre « Je suis créateur d’harmonie. »

Confrontation de l’histoire de Raphaël Berardi à l’univers des contes

Emmanuel de Lattre, conteur qui intervient auprès d’entreprises sur le sujet de l’incarnation des valeurs et la valorisation de leurs patrimoines, nous invite à confronter ce récit avec l’univers des contes. Il nous propose de mettre en parallèle cette histoire d’entrepreneur avec une ancienne légende…

L’histoire de Raphael Berardi est, sans nul doute, le reflet bien réel de cette ancienne légende du jeune bûcheron devant lequel se dressa un jour en pleine forêt un énorme serpent vert et rouge dont il trancha la tête sans faillir, et poursuivit son chemin. De la tête du serpent naquit une sublime jeune femme qu’on appela TiTête. Elle rejoignit le jeune et vaillant bûcheron. Ils se marièrent et eurent 4 garçons et 4 filles, 20 petits-garçons et 20 petites-filles, et 20 années d’une vie simple et chaleureuse.

Du corps du serpent naquit un jeune homme à la voix d’or qu’on appela TiCorps. Il partit de l’autre côté de la terre et connut de grands succès pendant ces mêmes 20 années. Mais la nostalgie de TiTête restait sa meilleure compagne.
Alors il parcourut villes et villages à sa recherche, chantant son nom et leur histoire sur tous les tons mais il ne rencontra que le vide et l’incompréhension. Jusqu’à ce qu’un jour, au détour d’une rue et de son chant, un jeune garçon lui dit : ‘TiTête est le prénom de ma grand-mère’.

TiCorps suivit l’enfant jusqu’à la place du village, et il y chanta un chant qu’aucune oreille n’avait jamais entendu. TiTête ne bougea pas de chez elle, réclama même les rires, les pleurs, les jeux de son dernier petit-fils, allant jusqu’à se mettre du coton humide dans les oreilles pour ne pas entendre.

TiCorps chanta toute la nuit à faire pleurer les pierres, jusqu’à ce que le premier rayon du soleil naquît. Alors TiCorps s’arrêta brusquement au milieu d’une phrase. Immédiatement, une voix s’éleva dans le village pour poursuivre ce chant. Et le dernier petit-fils dit à sa grand-mère : ‘Mais qu’est-ce que tu chantes ? C’est beau !’
TiTête rejoignit TiCorps aussi lentement et sûrement que le soleil se lève sur le monde, et ils quittèrent le village. Personne n’osa les suivre. À l’abri des regards, ils se sont allongés sur un lit de feuillage, et il n’y eut plus qu’un seul énorme serpent rouge et vert qui se perdit dans le secret des herbes.

Ainsi en va-t-il de l’engagement de Raphaël qui sait rassembler les projets, les idées, les envies, les moyens et les hommes pour que l’harmonie qui accompagne chaque lever de soleil sur nos vies et dans nos bureaux ne soit pas seulement une légende enfantine. N’est-ce pas d’ailleurs la responsabilité, l’engagement, la foi, le désir secret de chaque entrepreneur : être le créateur d’une harmonie qui manque au monde ?

Réaction de Raphaël Berardi à la découverte de ce conte

Quelle surprise ! Comment aurais-je pu imaginer une telle histoire ? Elle est pourtant la mienne car c’est bien une histoire en 2 temps que j’ai vécu, voire même 2 histoires. Mais que dis-je ? Bien sûr que non, c’est bien une et une seule aventure, faites d’adaptations au gré des obstacles et des opportunités rencontrés. Et ce n’est pas fini ! Je sais maintenant que d’autres détours sont prévus, d’autres seront imprévus mais n’est-ce pas là l’essence même de l’aventure, celle que j’aime et que je désire ?
Quelle Formidable idée que le recours au conte pour changer son angle de vue, une autre façon de prendre conscience des choses !



Un article de la rédaction du Journal de l’éco

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