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La Poule qui Pond, une maison d’édition jeunesse clermontoise à surveiller de près…

La Poule qui Pond, une maison d’édition jeunesse clermontoise à surveiller de près…

Lorsqu’il s’est retrouvé au chômage à 29 ans à la suite d’un licenciement économique, Valentin Mathé, ingénieur informaticien de formation, a souhaité se lancer dans l’édition jeunesse. Certains ont d’abord pensé qu’il était fou, d’autres lui ont suggéré de retrouver un emploi stable « pour bien gagner sa vie ». Des éditeurs lui ont dit à la fois « c’est risqué n’y va pas » et « si tu ne le fais pas maintenant, tu le regretteras peut être toute ta vie ». Alors, Valentin Mathé a choisi de poursuivre son vieux rêve d’enfance. Récompensé par le Trophée du Groupement des créateurs d’entreprise dans la catégorie « Coup de cœur » en novembre dernier, il raconte son parcours avec humour et enthousiasme.


Cette maison d’édition naît un peu par hasard au printemps 2014. « En attendant de retrouver un emploi, j’ai voulu réalisé des projets personnels. J’ai eu envie de rééditer un livre que j’avais crée pour mon neveu qui avait « un petit peu peur du noir mais pas beaucoup ». A l’époque, je l’avais fait imprimer pour lui, mais c’était du travail d’amateur. J’ai donc souhaité l’améliorer et en refaire un petit tirage pour les amis et la famille. Dans mon ancien métier, j’avais monté des tas de financements participatifs sur internet pour les autres. J’ai donc utilisé moi aussi cet outil pour mener à bien mon projet » explique Valentin.

Cette méthode a tellement bien fonctionné que plus du double de la somme nécessaire a été collectée. « Voyant l’évolution, j’ai éloigné l’idée de faire un petit tirage juste pour rigoler. Je me suis dit qu’il y avait une réelle opportunité à saisir ». Valentin lance ainsi « La Poule qui Pond », un nom qu’il choisit par mimétisme avec le « Poisson Soluble », une maison d’édition jeunesse clermontoise de référence, cette appellation renvoyant aussi l’image d’une poule pondeuse en couvade permanente, semblable à l’éditeur en constante incubation d’œuvres. Pour réussir au mieux ce démarrage d’activité sur les chapeaux de roue, Valentin Mathé embauche une personne en CDD pendant 10 mois : « Ce n’est pas une pratique courante d’employer dès la création, mais je n’ai pas suffisamment de temps pour tout faire tout seul. Or, il est important de se faire connaître dès maintenant ».

En quelques mois seulement, La Poule qui Pond est à l’origine de 4 publications d’ouvrages rendues possibles par 4 financements participatifs réussis. Selon Valentin, ce principe en vogue appelé « crowdfunding » pourrait remplacer les abonnements. En effet, en inscrivant les noms des donateurs à la fin de chaque livre pré-vendu, la Poule qui pond rend hommage aux généreux contributeurs et leur donne envie de s’investir dans toute la collection. Dans une société pourtant caractérisée par l’individualisme, Valentin trouve rassurant le fait de pouvoir compter sur une petite communauté soucieuse de la réussite de sa maison d’édition.

La ligne éditoriale s’articule principalement autour de l’imaginaire et de l’univers des monstres. Par ailleurs, une collection de livres adaptés se met progressivement en place : « on a commencé avec des livres pouvant aider les enfants dyslexiques, et notre financement participatif actuel concerne un livre en braille avec une traduction française pour cibler deux publics. C’est un défi technique mais aussi économique puisqu’en général les livres en braille pour enfants sont réalisés à la main et coûtent près de 80 euros. Nous souhaitons publier le nôtre à un prix accessible ». Enfin, le thème des légendes auvergnates constitue un troisième axe, même si pour le moment aucun manuscrit reçu n’a su convaincre l’éditeur.

Je considère que si je passe plus de 50% de temps devant mon ordinateur, j’ai perdu

Pour se faire connaître, la Poule qui pond multiplie les sorties sur le terrain : « Pour que ça marche, il faut être dans les écoles, dans les librairies, dans les salons, pour crier haut et fort que l’on existe». Le Trophée des GCE apporte lui aussi une notoriété : « C’est une réelle satisfaction. Cela facilite aussi ma vie personnelle. Quand on se lance dans ce genre de projet, on est très vite considéré comme un fou rêveur. Cette récompense va m’apporter une vraie crédibilité ».

L’aventure de la Poule qui pond ressemble à un conte de fées moderne : c’est un mélange de réussites qui semblent se succéder comme par enchantement et de difficultés inhérentes à toute entreprise de biens culturels à l’heure actuelle. Dans tous les cas, l’histoire de cette jeune maison d’édition intrigue et passionne : « En résumé, explique Valentin, quand j’étais étudiant informaticien, je disais dans les moments de doute : un jour je partirai élever des chèvres dans le Larzac. Finalement, je n’ai toujours pas de chèvres mais c’est tout aussi bien ! »

 

 



Un article de Maud Perraguin

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