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L’agriculture est entrée dans l’ère du numérique

L’agriculture est entrée dans l’ère du numérique

Après l’essor de la machine à moteur et du tracteur, l’agriculture fait sa seconde révolution. Désormais, la noblesse du métier de l’agriculteur ne peut plus se contenter de travailler la terre ou de soigner ses animaux, elle doit aussi exister à travers une dimension numérique. Le salon de l’élevage de Clermont/Cournon nous le rappelle. De nombreux stands rassemblent des professionnels des mondes de l’agriculture et des technologies numériques. Grâce aux nouvelles technologies et le développement des applications (on en recense plus de 4 000 dédiées aux réalités agricoles), les fermes s’enrichissent d’objets connectés. En se servant de ces nouveaux outils, les agriculteurs voient leur travail évoluer pour répondre à de nouvelles exigences de rendement, d’écologie et de qualité de travail. L’arrivée des fermes connectées, c’est une profession dans sa globalité, qui voit ses fondements bouleversés. Certes, le numérique permet de satisfaire désormais de nouvelles valeurs humaines de l’agriculteur, celle qui le fait aimer la terre qu’il cultive, les soins prodigués aux animaux, l’apport de l’eau nécessaire aux cultures, mêmes intensives, ne se passera jamais de la réflexion humaine qui fait la noblesse de son métier.


Aujourd’hui, l’agriculteur ne se contente plus d’enfiler ses bottes et sa combinaison de travail, il enfile aussi des lunettes connectées. Elles vont lui servir à regarder ses cultures pour savoir en quelques secondes si elles sont malades, de quoi elles souffrent et quel soin leur apporter. Ces technologies, basées sur des capteurs installés dans les champs, aux pieds de plantes ou pousses test, permettent de recevoir des informations utiles à la croissance des végétaux. D’autres applications envoient en temps réel des recommandations offrant au bétail le meilleur pâturage du moment. Une fois les informations reçues, l’éleveur n’a plus qu’à guider son troupeau vers la bonne parcelle. Certains éleveurs poussent l’utilisation des nouvelles technologies jusqu’à se faire assister d’un robot pour guide. Déjà des programmes expérimentaux sont développés en ce sens.


Des fermes expérimentales

Dans cet esprit, ARVALIS – Institut du végétal a spécialisé deux de ses fermes d’applications en « digifermes ». La première est dédiée aux grandes cultures, à Boigneville, dans l’Essonne, avec trois systèmes de production (Bio, culture sous couvert permanent, système régional). La seconde se trouve en zone mixte polyculture – élevage sur le site de Saint-Hilaire-en-Woëvre, en Lorraine, avec une production de bovins viandes. Sur chacune de ces fermes, quatre axes seront développés : la mise en œuvre du « pilotage numérique » de la production, en combinant les outils et techniques existants ; la mise au point d’outils du numérique directement opérationnels dans les exploitations, sous la responsabilité des instituts ; le test d’outils et de prototypes proposés par des entreprises extérieures ; la pépinière d’idées, offrant aux acteurs de l’innovation numérique un « terrain de jeu » ouvert, collaboratif et pertinent pour affiner leurs concepts. L’agriculteur est-il alors, un geek accro à Internet ? « Ce n’est pas pour demain. », reconnaît Pascaline Pierson, responsable de la « digiferme » à Saint-Hilaire-en-Wöevre. « Mais sans doute pour après-demain. ». Sur cette ferme expérimentale, entourée d’ingénieurs et de techniciens, elle teste ce qui pourrait être l’agriculture de 2025 : ultra-connectée, moins pénible, mais aussi plus écologique. « La hauteur de l’herbe, ça se mesure à la main. », explique Pacaline Pierson. « Notre ambition, c’est de trouver le bon capteur – laser, infrarouge… – qui permette de mesurer. ». Et d’imaginer un agriculteur qui attacherait l’outil à ses bottes et saurait, uniquement en se promenant dans ses prés, combien de temps il peut encore laisser ses vaches paître à tel ou tel endroit.


Un investissement lourd

« L’agriculteur a déjà souvent une clé USB glissée dans la poche. Il la branche directement sur le boitier du pulvérisateur ou du tracteur. », explique Denis Franck, agriculteur à Verneville (Moselle), dans une des deux « digifermes » et « il déclenche tout seul (le pulvérisateur) quand il faut traiter ». Denis Franck cultive une centaine d’hectares de colza, orge et blé depuis 13 ans. Jamais réfractaire aux nouveaux outils technologiques, il a essayé dès 2016 de faire survoler une de ses parcelles par un drone fixé sur un ULM. Avec une facture de 11 € par hectare survolé, il a reçu dans sa boîte mail une carte extrêmement détaillée de son champ lui indiquant centimètre par centimètre les doses d’azote nécessaire à son blé.

« Ça oscille entre 32 et 58 unités. », poursuit-il devant la carte striée de zones rouges à vertes claires, « pour une moyenne de 40 unités. » C’est pratique, mais il ne renouvellera pas l’expérience, puisque habituellement il pulvérise partout 44 unités. Les économies qu’il pourrait faire avec un drone sont trop faibles pour en justifier la location. D’autant qu’il a déjà investi : il faut compter 11 000 euros pour ajouter l’option “agriculture de précision” sur un pulvérisateur. Auxquels se sont ajoutés l’année dernière deux nouveaux tracteurs munis de l’autoguidage soit 15 000 euros en plus par véhicule.

Des tracteurs flambants-neufs qui font la différence surtout sur l’épandage. « Avant, cela se faisait manuellement : on ouvrait quand on pensait qu’il fallait épandre, et on fermait quand cela suffisait. Là, le GPS donne l’ordre et on s’aperçoit que, quand on le faisait manuellement, on ouvrait beaucoup trop tôt, et on fermait beaucoup trop tard. Du coup, on économise de l’engrais et c’est meilleur pour les sols. »

Cet investissement a été possible en partageant les coûts avec un voisin. Cependant, tous les agriculteurs n’ont pas les moyens. Malheureusement, la ferme du futur a surtout été synonyme de difficultés financières. « C’est vrai que des producteurs laitiers ont été mis en difficulté après l’achat de robots de traite. », ajoute Pascaline Pierson.


Qu’est-ce qu’une ferme connectée ?

Un robot qui va désherber un champ de colza sans arracher une seule plante cultivée, un capteur qui contrôle le niveau d’irrigation… Les fermes connectées sont ces structures agricoles utilisant des nouveautés technologiques. Développées grâce notamment à la révolution numérique, les objets connectés permettent aux agriculteurs de gérer leur ferme avec plus de précision. L’utilisation des objets connectés agricoles devrait dans le futur se généraliser. Les jeunes agriculteurs ont grandi avec le web et l’ordinateur : ils ont conscience des avantages des objets numériques.

La ferme connectée a bien d’autres avantages que la seule, et néanmoins appréciable, aide au travail physique de l’agriculteur. Elle permet de produire mieux tout en intensifiant les cultures par exemple. C’est également grâce à une ferme connectée que peut être mis en place un contrôle continu des stocks d’aliments pour les animaux. Les autres intérêts d’une ferme connectée sont d’améliorer le rendement de la ferme, l’optimisation du temps de travail, celle des dépenses énergétiques de l’exploitation et la réduction de l’empreinte carbone sur l’exploitation agricole. Enfin, l’agriculture associée au numérique est une solution permettant d’aider à la prise de décision pour arroser une culture ou la récolter en prévision de prochains orages.


Quels sont les objets connectés de l’agriculture ?

Les solutions pour les fermes connectées sont multiples. Le secteur a en effet vu un certain nombre d’acteurs s’emparer de ce marché. Il existe par exemple : Le robot pour désherber en autonomie et avertir l’agriculteur dès que le travail est terminé ; Les lunettes connectées pour noter la progression des maladies sur les feuilles de céréales ; La clôture connectée qui prévient l’agriculteur dès qu’elle est cassée ; La station météo qui prévient l’arrivée d’insectes par SMS.

La profession agricole bénéficie également d’applications spécialement développées pour des besoins particuliers du métier. Par exemple, il est possible de connaître le nom d’une plante simplement en la prenant en photo via l’application dédiée. Fin 2015, l’association Renaissance Numérique publiait son rapport Les défis de l’agriculture connectée dans une société numérique. Il contient 16 propositions visant à repenser, entre autres, la production alimentaire à l’ère du numérique. Des chiffres viennent étayer ces propositions dont notamment ce pourcentage : 79 % des agriculteurs utilisent Internet pour des raisons personnelles ou professionnelles. 2/3 des agriculteurs ayant installé des applications sur leur smartphone ou tablette disent s’en servir.


Des acteurs locaux

Pour encourager la contribution de cette agriculture numérique à la nécessaire évolution vers une agriculture française, à la fois plus compétitive et plus respectueuse de l’environnement, le récent rapport du ministère de l’Agriculture « Agriculture Innovation 2025 » a mis en avant deux priorités :

  • la mise en place d’un portail de données agricoles, visant à mettre à disposition des données à vocation agricole (données publiques ouvertes, données sanitaires 
et économiques, données privées provenant d’agriculteurs ou d’autres acteurs économiques…), afin de favoriser l’innovation ouverte en matière de services à l’agriculture ;
  • la structuration de la recherche française dans le domaine de l’agriculture numérique, avec la création d’un centre interdisciplinaire de recherche dédié, dans l’objectif d’allier recherche-formation-développement à un niveau d’excellence, mais également avec le soutien au développement de nouveaux modèles numériques d’agroécosystèmes et de capteurs adaptés aux conditions agricoles. Bien évidement, l’INRA (Institut National de la Recherche Agricole), dont le siège est basé dans le Puy-de-Dôme, sur le site de Marmilhat, est un acteur majeur de cette recherche.


Marc-Alexis Roquejoffre

Crédit photo : Alim Agri



Un article de la rédaction du Journal de l’éco

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