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Marc Halévy : A propos de la propriété

Marc Halévy : A propos de la propriété

Une chronique d’opinion de Marc Halévy : Un des points de divergence majeurs entre ce qu’il est encore convenu d’appeler la “droite” et la “gauche”, concerne la notion cruciale de propriété.


La “gauche” fait sienne, sans l’avoir lue, la thèse de Pierre-Joseph Proudhon disant que : “La propriété, c’est le vol”. Pour elle, les propriétaires sont les ennemis, les spoliateurs du peuple, les exploiteurs des travailleurs, etc … et tout doit être fait pour que la loi donne toujours raison au prolétaire contre le propriétaire : c’est cela qu’elle appelle la “justice sociale” et c’est bien le cas, encore aujourd’hui, en matière de droits syndicaux, de jugements prudhommaux, de protection abusive des locataires mauvais payeurs, de surprotection des parasites, des simulateurs et des fainéants, de gabegies liées à tous les assistanats, etc …

Tout le malentendu vient de ce que l’on n’a pas bien lu Proudhon. Une distinction essentielle doit être faite entre la propriété opérative des outils de vie et la propriété spéculative de patrimoines rentables (qui fournissent des rentes, donc).

La propriété opérative des outils de vie n’est pas discutable ; elle est essentielle et fonde la sécurité personnelle (et familiale) de base contre la précarité venue de la loi du plus violent. Que sont les outils de vie ? Tout ce qui permet de dormir et de travailler.
Dès lors que l’on dort bien, on est en forme pour travailler. Et dès lors que l’on travaille, on acquiert les moyens de se nourrir, de se vêtir, de se soigner, etc … Bref : de subvenir à ses besoins vitaux avec frugalité, sans manques ni carences. Mieux que survivre biologiquement : vivre paisiblement.

En revanche, la notion de propriété spéculative doit être discutée, surtout lorsqu’elle est abusive et conduit à des accumulations capitalistiques qui bloquent l’économie réelle (comme c’est le cas aujourd’hui, où le monde entier est mis en coupe réglée par le financiarisme boursier).

A partir de quand et sur quel critère, une propriété devient-elle spéculative et, donc, clairement illégitime ?
Notre monde est devenu tellement déjanté qu’aujourd’hui, que spéculer rapporte bien plus d’argent que travailler. Ce n’est plus en travaillant que l’on devient financièrement riche.
Que faut-il pour commencer à spéculer ? Deux choses : une masse de capital disponible (donc libéré des outils de vie) et de l’information (pour savoir où placer juteusement ses avoirs).

L’économie spéculative n’est acceptable que dans la stricte mesure où elle ne nuit aucunement à l’économie de vie. Dès lors qu’elle détruit, ne serait-ce que partiellement, la valeur (qualité x coût d’usage) des outils de vie au profit de l’accumulation de capital “libre”, l’économie spéculative devient nocive et doit être combattue et elle s’appelle “financiarisme”.

D’une part, la cupidité humaine étant infinie et sans scrupule, il est oiseux de compter sur la moralité ou sur la coercition pour combattre le financiarisme. D’autre part, celui-ci a tout intérêt, sur le court terme qui est son seul horizon, à raréfier et disqualifier au maximum les outils de vie, donc à appauvrir, jusqu’à l’assécher, l’économie réelle, l’économie de vie. Et c’est bien à cela que nous assistons, aujourd’hui, impuissants.

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Une rubrique de libre opinion du Journal de l’éco

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