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Etudes, conseil, expertise

Ne pas passer à côté des autres

Ne pas passer à côté des autres

Leçon de commandement mais aussi de management


Tel aurait pu être le titre du récit du général Bernard Barrera, en souvenir de son commandement des forces françaises engagées dans le conflit malien sur ordre du président Hollande après consultation du Parlement, en janvier 2013. Pour son livre, paru aux éditions du Seuil, l’auteur aura préféré les mots “Opération Serval, notes de guerre, Mali 2013”. A l’image de ses 400 pages écrites tout en humilité et retenue, Bernard Barrera nous offre le cadeau de son regard sur les autres. Ces militaires, ces hommes, ces femmes, jeunes, expérimentés, gradés ou non qui ont tous été envoyés sur le sol malien, avec au-delà de leur mission, la volonté de répondre aux ordres pour lesquels ils se sont longuement préparés, tout autant que servir leur pays et celui dit du « théâtre des opérations ». Ce service, ils l’expriment dans « le sens de leurs actes » écrit le Général page 363, « pour la liberté des maliens, c’est pour eux, pour leur liberté, leur joie de vivre que nous nous battons depuis janvier (2013). »

La première partie du livre nous relate la longue préparation militaire et psychologique des forces françaises. Cette période vécue par le Général Barrera lui-même porte le nom de code « Alerte Gaipar ». C’est un temps particulier durant lequel, l’officier aura inspecté, écouté, regardé, imaginé ce que pourrait être les contours de la réussite d’une mission à haut risque. Cette période il l’a vécue tout en étant en poste à Clermont-Ferrand comme délégué militaire départemental et patron de la 3 ème Brigade mécanisée. Je vous laisse découvrir la savoureuse « Opération Shower » qui témoigne à elle seule de l’ardente nécessité pour un responsable de mesurer les réalités de confort de ses collaborateurs. De ce confort parfois anodin, peut dépendre la motivation collective et donc l’issue d’un combat ! De visites en inspections un peu partout en France, l’officier s’est fait son opinion et puis l’ordre est venu de se rendre à 5000 kms des volcans d’Auvergne sur la terre malienne emmenant avec lui le destin de 4000 autres personnes.

Bernard Barrera, parle de ceux qui l’ont entouré, accompagné. Il en parle, les raconte avec simplicité et réalisme, comme si la contrainte de la publication allait l’empêcher de tout dire et surtout de leur rendre les honneurs de leur présence sur le terrain. Les sous-officiers et officiers deviennent des « cadres » au service du commandement et des équipes. Tous sont nommés par leurs prénoms. Citons, le fidèle Marie-Jo, son « conducteur », et non son chauffeur, la nuance n’est pas seulement dans les mots, elle traduit le caractère profondément humain de l’officier supérieur devenu auteur et son humilité devant chaque fonction ; Claude, le fameux Claude, principal collaborateur de Bernard Barrera en poste à Clermont et précieux adjoint sur le terrain des opérations maliennes. « Jusqu’au bout, il supervise et contrôle ses équipes en me préservant de l’accessoire, en ayant toujours le soin, la délicatesse de me présenter les vrais problèmes, les vraies décisions à prendre et les solutions préconisées finement pesées .»

Ne pas passer à coté d’eux ! Ne pas se contenter de ses souvenirs personnels, mais partager avec les lecteurs les coulisses de cette aventure, allant même jusqu’à avouer le doute ou la tristesse ressentis face à la mort, pourtant compagne de chaque jour des militaires du rang. « Cinquante regards sont tournés vers moi. Le général croit-il vraiment à cette victoire ? Moments de doute et de peurs intériorisés et cachés dans la plus grande dignité, moments de confiance et d’union qui n’appartiennent qu’à ceux qui acceptent la mort en face. Oui, nous allons les battre par ce que nous le pouvons et nous le voulons. »

« Il fait nuit, mais l’intérieur de l’avion est éclairé. Le cercueil vert (du sergent-chef Vormezeele) est sanglé au centre de la soute. Je vais rester quelques instants face à lui, mesurant pleinement le poids des responsabilités, le caractère unique du métier de soldat, tuer et être tué, autant de raisons d’être précautionneux avant d’engager ses hommes au combat. »

Que les adeptes de données militaires soient rassurés, « Opération Serval, notes de guerre, Mali 2013 » est un véritable récit de guerre donnant à comprendre les différentes stratégies de cette « opex », tout autant que l’identification des différents régiments qui y furent engagés ou le descriptif précis des moyens et militaires mis en service. Par un rythme soutenu,  elles permettent au lecteur de se plonger au cœur des opérations, imaginant les cartes d’état major projetées par des ordinateurs puissants, ou ces maquettes de sable mouillé réalisées au sol devant les PC par des militaires soucieux du moindre détail dans une anticipation aussi sérieuse que nécessaire. Presque, comme si nous allions vivre nous aussi un peu de cette page de l’histoire du Mali, de celle de notre Armée au nom de l’idéal français.

Au delà des faits de guerre, ce livre ne se cantonne pas à une leçon de commandement. Il est un exemple à suivre, de management des hommes et des femmes, dans un esprit altruiste fondé sur le sens de la mission, l’écoute de l’autre, la compréhension des lieux, l’acceptation des contraintes et le combat permanent de l’égo dans l’abnégation d’un soi, fut-il le commandant en chef.

Anecdotes

Le livre de Bernard Barrera est truffé de petites anecdotes à l’image de celles-ci : l’une des opérations de terrain dans le désert malien porta le nom de Gustave ! Unique responsabilité du Général et loin d’être un choix conventionnel, l’état major des armées à Paris, chercha à en comprendre la signification subliminale, exprimant même la probable gêne diplomatique des scandinaves… La réponse se trouvait à 5000 kms de Tassalit, au cœur de la famille Barrera. Le quadrupède domestique, plus communément appelé « chat », avait été baptisé « Gustave ». Confortés par une presse nationale et internationale unanimement séduite par les actions des 4000 soldats engagés dans Serval, le Général et ses adjoints ont accueilli pour une visite de courtoisie mais aussi de curiosité, une petite délégation onusienne composée de deux officiers américains. Quelle ne fut pas leur surprise en constatant l’étroitesse du bureau du général, 9 m2, partagés avec deux adjoints et des PC de commandement installés sous des tentes non climatisées (la climatisation ayant été réservée aux hôpitaux de campagne pour les blessés et les malades)… Cerise sur le gâteau, une bouteille d’eau minérale en guise de boisson répondant au privilège d’une fraîcheur à 30 degrés ! « En voyant nos hôtes hébétés quelques secondes, nous comprendrons qu’ils se faisaient une tout autre idée du bureau du général français en campagne, loin des standards américains et onusiens ».

Ou encore cette anecdote témoignant des conditions extrêmes sur place « La technologie et les hommes sont au rendez-vous, mais les semelles de nos Rangers se décollent (cf l’extrême température sur place) et je n’ai ni colle ni maître bottier sur place ».

Interview radio/vidéo du Général Barrera pour RCF France, à son retour de l’opération Serval

https://www.youtube.com/watch?v=kpqbvCihIvg

Après avoir fait Saint Cyr, Bernard Barrera sert l’Armée de terre sur plusieurs théâtres, en Bosnie, au Kosovo et plus récemment au Tchad et en Côte d’Ivoire. Il devient Général en 2011 puis commande la force terrestre de l’opération Serval début 2013. Il travaillera ensuite au service de communication du Ministère de La Défense. Aujourd’hui il a rejoint l’Etat Major de l’Armée de Terre.

Marc-Alexis Roquejoffre

Marc-Alexis Roquejoffre, né le 8 mai 1969 à Limoges, installé en Auvergne depuis 30 ans.
Journaliste de radio et de télévision.
Rédacteur en chef et directeur de radio RCF 63.
Directeur des médias du diocèse de Clermont.
Producteur et présentateur de l’émission Parcours de Vie sur le site www.Fan-Auvergne.fr
Producteur de la série Vues d’Auvergne, pour valoriser les territoires de la région avec des reportages inédits basés sur des images faites grâce à des drones… Autorisés eux !!!
Consultant en communication pour la web Tv de la FERDI : Fondation d’Etudes et de Recherches au Développement International.
Chargé d’enseignement en Licence Professionnelle de Journalisme à l’Université Blaise Pascal.
Professionnel intervenant en techniques de communication à l’IUT d’Allier et en Master Monde Contemporain, Université Blaise Pascal.
Consultant et chargé d’enseignement en techniques d’interviews audiovisuels auprès de l’ISMA : Institut Supérieur des Métiers de l’Audiovisuel à Cotonou au Bénin.
Animateur-modérateur de nombreuses tables rondes pour l’Etat, les collectivités territoriales, les entreprises, les institutions, le monde associatif.
Co auteur du livre “Mgr Piguet un évêque discuté” année 2000.
Co-réalisateur d’un film documentaire après adaptation du livre sur Mgr Piguet, pour France Télévisions, année 2006.
Co-réalisateur d’un film documentaire sur François Mitterrand, pour France Télévisions, année 2012.
A été présentateur et producteur de l’émission Guide Privé sur Clermont 1 ère, puis IC 1, chaine du groupe Centre France La Montagne.
Ancien président du Club de la Presse Clermont-Auvergne.
Administrateur d’une caisse locale du Crédit Mutuel Massif Central.
Réserviste citoyen.
Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques.


Une rubrique de libre opinion

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