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Redevance : l’étendre ou la supprimer ?

Redevance : l’étendre ou la supprimer ?

Comme on pouvait s’y attendre la proposition de Fleur Pellerin, Ministre de la Culture, d’étendre la redevance aux objets connectés à mis le feu aux poudres faisant réagir les français qui trouvent leur contribution fiscale déjà bien assez élevée mais aussi une partie de la classe politique qui juge la proposition mal venue au lendemain de l’annonce par le Président de la République du gel des nouveaux impôts sur 2016.


Élevons un peu le débat en se penchant sur cette fameuse redevance audiovisuelle, dont le vrai nom est « Contribution à l’audiovisuel public ». Créée en 1933, cette taxe qui visait au départ les détenteurs de postes de radio fut ensuite étendue aux détenteurs de postes de télévision. En 1980, à la veille du lancement des radios libres, la partie radio fut supprimée par décret mais elle ne cessa pas d’augmenter pour autant sauf en 1987, année de la privatisation de TF1 ou elle baissa de 35 francs.

Si à l’origine la redevance se justifiait par le fait qu’il fallait financer la mise en place des émetteurs et des moyens humains et techniques pour créer des émissions entièrement contrôlées par un état dirigiste et censeur, la donne a fondamentalement évolué. Aujourd’hui elle sert essentiellement à financer la TV de service public, donc le groupe France Télévision dont les bases sont ancrées sur les archaïsmes de la feu ORTF et qui doit tenter de jouer à armes égales avec des groupes privés dont la puissance financière est confortable.

Fleur Pellerin a raison de souligner que l’on consomme de moins en moins la TV avec un classique téléviseur et de plus en plus avec des objets connectés qui ne sont pas concernés par cette contribution. Mais est-ce la bonne solution de chercher des ressources de ce côté-là ? Après tout, les usagers paient déjà aux opérateurs un abonnement au web grâce auquel ils ont accès à tout ce qui se crée dans l’audiovisuel mondial et au milieu duquel les programmes de France Télévision tentent de se faire une petite place. Dès lors comment peut-on encore justifier la contribution auprès d’un téléspectateur qui regarde exclusivement des chaînes payantes de sport via sa box ou son Smartphone ?

Ne faut-il pas proposer la suppression pure et simple de la redevance, trouver des canaux de financement autres (y compris chez les rentables opérateurs du web) et donner à France Télévision un statut lui permettant de rivaliser avec le privé ? Mais dans ce cas, quid de la nécessaire mission de service public ?

Les français râlent, mais paient malgré tout leur redevance car ils ont, pour la majorité d’entre eux, conscience de l’intérêt d’une télévision publique censée garantir la déontologie de l’information, des divertissements éclectiques de qualité et un niveau culturel digne de ce nom. Au lieu de vouloir réformer le mode de collecte, Fleur Pellerin devrait d’avantage se pencher sérieusement sur l’utilisation des fonds disponibles et proposer un cahier de charges très strict sur les contenus et la fabrication des programmes.

Dès lors la vraie question n’est plus de savoir s’il faut ou non une redevance mais comment créer avec les fonds disponibles, les meilleurs programmes capables de rivaliser en contenu et en audience avec ceux créés par la concurrence.

Cela nécessite un gros dépoussiérage au risque de froisser les susceptibilités et les égo et donc de créer une crise sociale en interne.

La ministre peut donc dormir tranquille, à deux ans des élections il y peu de chance qu’on lui demande de travailler sur une réforme aussi lourde, quant à son idée sur les objets connectés on risque de la mettre au frais un certains temps…

Une chronique de libre expression d’Olivier Perrot

Fondateur et dirigeant de Kanti SAS, entreprise spécialisée dans l’événementiel culturel  et l’accompagnement d’artistes,  Olivier Perrot enseigne également la communication et le marketing à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand  dans  les filières Conduite de Projets Culturels et Métiers du Livre.

Passionné par la musique et les médias, il participe dès 1981 à la fabuleuse aventure des radios libres et décide en 1984 d’abandonner ses études de Droit pour signer son premier contrat de travail dans une radio libre privée où il sera animateur puis journaliste. Il quittera le monde de la radio en 1994 alors qu’il est responsable d’une antenne Europe 2 pour rejoindre le groupe Fnac, en tant que responsable communication en charge de l’action culturelle. Cette aventure durera près de 20 ans, période durant laquelle il organisera à Clermont-Ferrand plus de 1000 rendez-vous publics consacrés à la musique et aux livres. Grand amateur de jazz, il a également été, pendant une décennie, secrétaire bénévole du Festival Jazz en Tête.

 

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