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Réflexions sur la notion d’ordre

Réflexions sur la notion d’ordre
Marc Halévy

Les comportements humains offrent de beaux exemples des différents niveaux et structures d’ordre.


Un individu isolé est étranger à la notion d’ordre. L’ordre commence par la cohue où un grand nombre d’individus interagissent chaotiquement mais séparément en se cognant ou en s’évitant : c’est l’ordre entropique. Ensuite, vient la foule où les individus continuent d’agir séparément, mais où des comportements collectifs apparaissent parce que la foule ne se réunit pas par hasard puisqu’elle est liée à un match de football ou à une manifestation de rue, ou à un concert public, etc … : il y a déjà partage, ne serait-ce que celui d’un stimulant commun.

En montant dans l’échelle néguentropique, on trouve d’abord le défilé militaire qui reproduit, à l’échelle humaine, les organisations cristallines, statiques ou dynamiques, à deux dimensions. Les pyramides humaines d’acrobates donnent des exemples d’organisations cristallines à trois dimensions, statiques ou même dynamiques.

Jusque là les interactions entre les individus sont essentiellement positionnelles (juxtapositions fortuites pour la cohue ou la foule, structurée et planifiée pour le défilé et la pyramide). Les interactions intentionnelles commencent à intervenir très tôt, ne serait-ce que liées à la sexualité, soit comme relation éphémère de coït, soit comme relation durable de couple.

Il y a émergence d’une communauté de vie dès lors que des individus interagissent entre eux

Pour monter encore d’un cran sur l’échelle des complexités, il faut s’ouvrir à des interactions plus sophistiquées entre les individus et entrer dans le domaine des communautés de vie, que celles-ci soient éphémères (opportunistes) ou durables (constructivistes).

Il y a émergence d’une communauté de vie dès lors que des individus interagissent entre eux, en relative conscience de leur inévitable interdépendance, en fonction d’une ressource commune ou d’un but commun. S’il s’agit d’une communauté opportuniste, le moteur de l’ordre communautaire (de l’organisation collective, donc) sera l’optimisation de l’efficacité à court-terme, sur la durée d’exploitation de la ressource ou de l’atteinte du but ; appelons cela une horde. S’il s’agit d’une communauté constructiviste qui vise la durabilité sur le plus long terme, se mettent en place non plus seulement des interactions réelles régulées naturellement par ajustement mutuel, mais aussi des structures relationnelles construites sur des types d’interaction comme la domination hiérarchique verticale (obéissance) ou la collaboration organique horizontale (jouissance ou efficience). La notion de domination hiérarchique peut être légitimée par de nombreux critères comme la force, la connaissance, la sagesse, la compétence, l’hérédité, l’âge, le sexe, etc …, voire par un mixte de plusieurs de ces critères.

En général, une communauté de vie mélange allègrement domination et collaboration. Les rites y participent en mettant en scène ces relations stéréotypées dans des scenarii imaginaires, sur un plan virtuel ou abstrait.

Pour des raisons liées au nombre maximum de relations personnelles qu’un individu peut assumer directement et valablement, la taille d’une communauté de vie est nécessairement limitée à une cinquantaine de personnes.

Au-delà, les relations ne sont plus directes, mais formelles, encadrées par des codes sociétaux. L’ordre sociétal (on peut commencer à dire “politique”) vient se superposer aux ordres communautaires en s’opposant, naturellement, à leurs divergences et différences.

Le passage du communautaire au sociétal (politique) reproduit les mêmes processus que le passage de l’individuel au communautaire, et induit des codifications de l’éphémère et du durable, de la domination/obéissance et de la collaboration/efficience. Cette codification est l’acte hiérarchique par excellence, puisqu’elle implique un “tu dois”.

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Marc Halévy

Marc Halévy, conférencier, expert et auteur a fait ses études à l’école polytechnique de Bruxelles avec une spécialisation en physique nucléaire. En 1973, il devient élève d’Ilya Prigogine, prix Nobel 1977, grâce auquel il commence sa contribution au développement théorique de la physique des systèmes et processus complexes, discipline qu’il applique plus spécifiquement aux univers de la prospective, de l’économie et du management.
En parallèle, il mena des études de MBA et en philosophie et histoire des religions.
Après 1982, il a, par ailleurs, exercé la profession de manager de crise lors de nombreuses missions s’étalant sur plus de dix ans. Jusqu’en 1993, il a passé la majeure partie de sa vie aux USA.
Il est l’auteur de plus de cinquante ouvrages de prospective, spiritualité et philosophie.

 

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