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Histoires et contes d’entrepreneurs : « Un client jette un pavé dans la mare »

Histoires et contes d’entrepreneurs : « Un client jette un pavé dans la mare »

Après 8 ans de développement de la société Dufournier Technologies, activité d’Ingénierie automobile liaison sol qu’Arnaud Dufournier a créé à la suite d’une expérience chez Michelin, un client jette un pavé dans la mare en ouvrant les portes d’un nouveau marché et d’un nouveau métier. Arnaud Dufournier va-t-il remettre en cause la sécurité et la tranquillité dont bénéficient l’entreprise et ses salariés ? Telle est la question cruciale à laquelle il est alors confronté.


Contexte de l’histoire

La société Dufournier technologies était créée depuis 6 ans et se développait normalement. Il n’y avait donc pas de raisons objectives de repartir à l’assaut.

Le déclencheur a été une étude suite à un contact avec VEOLIA pour laquelle il leur demandait d’étudier puis surtout de leur fournir 1, puis 3 puis 22 prototypes de “compteurs d’éco-conduite”.

La première réaction d’Arnaud Dufournier fut de se dire, attention on est en train de sortir de notre métier et la question qui en découla : que fait-on ?

Arnaud Dufournier identifie 3 scénarii possibles :
1. On ne fait pas les 22 prototypes car on sort de notre métier : l’ingénierie.
2. On effectue un transfert de technologie vers une entreprise susceptible de produire les 22 prototypes et de prendre la suite.
3. On se laisse prendre à notre propre jeu en abordant un nouveau marché dans un nouvel univers celui de l’automobile à partir d’un nouveau métier celui la gestion de production qui nécessite de nouveaux savoir-faire.

Après réflexion il s’avère que :

1. Le 1er scénario est rejeté car il est inenvisageable pour lui de ne pas satisfaire le client.
2. Le scénario impliquant un transfert de technologie de Dufournier Technologies est compliqué, car en 2008 (arrivée de la crise) les sociétés sollicitées étaient toutes en train de se recentrer sur leurs produits phares et n’étaient pas du tout dans l’esprit d’accueillir un nouveau produit au devenir incertain.
3. Le 3éme scénario est retenu malgré l’impact inconnu auquel il expose l’entreprise et il est décidé de créé une nouvelle entreprise distincte de la 1ére « DRIVTECH » dans un nouveau domaine et à partir d’un nouveau métier.
Le dilemme posé par ce choix consistait à choisir de continuer à ronronner en poursuivant une croisière tranquille ou à renaître de façon plus ou moins chaotique.

Interview d’Arnaud Dufournier par Gilles Flichy

Gilles Flichy : Qu’est qui te fait avancer ?

Arnaud Dufournier : C’est l’envie et la curiosité de découvrir un nouveau monde de l’autre côté du miroir.

Gilles Flichy : Comment t’es-tu construit ta vision d’entreprise ?

Arnaud Dufournier : J‘ai été entraîné dans cette aventure par le client. Je me suis laissé faire par amusement. Autrement dit après 8 ans j’ai eu l’occasion de saisir une opportunité pour pouvoir me lancer dans une nouvelle aventure car j’avais besoin à nouveau de chevaucher des vagues.

Gilles Flichy : Comment as-tu réussi à entraîner les autres ?

Arnaud Dufournier : Ce fut très long car au départ j’étais seul à y croire, les autres ne comprenaient pas. Il a fallu du concret pour leur montrer que ce projet avait du sens. J’ai embauché un commercial que j’ai envoyé sur le marché en lui demandant à son retour de raconter de façon très pragmatique ce qu’il avait vu.
En fait, la création est une phase à mon sens d’abord subjective, et je sais que pour contrebalancer ceci qui légitime par ailleurs la vision nécessaire, il me faut donner à voir de l’objectif et du factuel, et je vais m’appuyer pour ce faire sur une personne qui en a la capacité. La fonction du commercial était donc clairement d’apporter des preuves objectives de l’opportunité du produit et de l’existence du marché. De tempérament passionné je suis conscient que le corollaire de la passion c’est le pragmatisme aussi je m’entoure de talents complémentaires au mien.

Gilles Flichy : Avant de te lancer quelles hésitations personnelles avait tu vis-à-vis de toi ? Des autres ?

Arnaud Dufournier : Je me suis dit, Attention ? On va taper dans un mur. J’avais à la fois très envie d’y aller, peur de ce qu’on aller trouver et je m’interrogeais sur le risque de ne pas savoir faire. Je me disais naturellement, la situation est stable pourquoi se mettre en danger. Ce qui peut être déstabilisant en particulier ce sont les dommages collatéraux que ma décision peut provoquer en impactant mon cercle familial.

Gilles Flichy : Comment se convaincre d’y aller ?

Arnaud Dufournier : J’avais envie que ça bouge et le test positif raconté par le commercial à son retour a été déterminant dans ma décision.

Gilles Flichy : Qu’as-tu dû abandonner ?

Arnaud Dufournier : J’ai dû abandonner ma sécurité psychologique en prenant le risque de déstabiliser ma famille et mes collaborateurs autour de moi qui n’aiment pas ça.
Aussi j’ai dû abandonner le calme et la sérénité pendant l’accouchement de ce nouveau projet. Personnellement j’arrive à me projeter dans l’avenir et à visualiser les bénéfices à termes de ma décision car à court terme ma conjointe se pose la question : Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Elle ne voit pas le résultat final escompté car, travaillant ans un tout autre domaine, elle n’a pas les clefs pour décrypter le contexte aussi cette situation peut devenir anxiogène.

Gilles Flichy : Si c’était à refaire qu’est-ce que tu changerais?

Arnaud Dufournier : Rien ou pas grand-chose. Peut-être j’essaierai d’aller plus vite. J’essayerai de rassurer davantage mon entourage en anticipant mieux sa réaction. Je travaillerai à mieux assurer le confort de mon entourage.

Gilles Flichy : Quel courant porteur ou défi de l’époque as-tu choisi ?

Arnaud Dufournier : En toute sincérité ma démarche a été au départ davantage égoïste et opportuniste que citoyenne malgré le fait qu’elle satisfasse largement en termes de résultats aux exigences et attentes du développement durable.
A regarder de plus près je suis surpris de voir que ce qui pouvait être perçu, comme un moyen de contrôle accru de l’employeur sur ses salariés se révèle in fine, être un outil de motivation et de management responsabilisant. On observe, en effet, que nos interlocuteurs au sein de l’entreprise sont de plus en plus les DRH et que les informations fournies par les compteurs d’eco-conduite sont vécues par les employés comme une sanction positive de leurs compétences et de leurs comportements. La qualité de la conduite se dégrade quand il y a quelque chose qui ne va pas et la mesure de ces dysfonctionnements est un élément précieux pour le DRH et le Manager puisqu’il leur permet d’être plus attentifs au bien-être de leurs salariés. Ils peuvent désormais évaluer objectivement les comportements en utilisant une échelle de comportement très utile dans le cadre de la mise en place d’une politique RH. Par ailleurs il s’avère que cet outil de management ne représente pas un coût supplémentaire pour l’entreprise car le loyer est perçu à terme échu alors que, dès que l’outil est déployé, il génère immédiatement des économies de carburant et d’entretien dues à l’amélioration de l’éco-conduite du conducteur. Ces économies cumulées sur un mois se révèlent infiniment supérieures au coût de location du dispositif.

Confrontation de l’histoire d’Arnaud Dufournier à l’univers des contes

Emmanuel de Lattre conteur, qui intervient auprès d’entreprises sur le sujet de l’incarnation des valeurs et la valorisation de leurs patrimoines nous invite à confronter ce récit avec l’univers des contes. Il nous propose de mettre en parallèle cette histoire d’entrepreneur avec cette énigme facétieuse

C’est l’histoire de 4 frères qui se retrouvent démunis, orphelins à la croisée des chemins. L’aîné propose que chacun prenne une direction, et acquiert une compétence pendant toute une année.

Au bout d’un an et un jour, ils se retrouvent tous les 4 au même carrefour.

Le plus jeune annonce :
– J’ai appris à construire tout un squelette à partir d’un seul éclat d’os. Je suis devenu un homme de structure.
Le benjamin poursuit :
– Quand le squelette est prêt, je sais lui mettre la peau et les poils. Je suis devenu un homme de cohérence et de protection.
– Et moi, quand le squelette est complet et que le corps est intègre, je sais le remplir et y mettre tous les organes. Je suis devenu un homme d’organisation.
Et l’aîné termine :
– Quand tout est prêt, je sais donner la vie. Je suis devenu un animateur, un donneur d’âme.

Ils voient au sol un éclat d’os au milieu d’eux et chacun exerce son talent. Et ainsi, ils donnent vie à un superbe lion, qui les dévore tous les 4.

Qui est responsable de la mort des 3 autres?

L’histoire d’Arnaud Dufournier nous éclaire sur la réponse.
Le seul responsable de la mort des 4 frères est celui qui a donné la vie au lion, car lui seul savait ce qu’il faisait. Juste pour démontrer son pouvoir de donner la vie et mieux asseoir son pouvoir, il n’a pas pu voir qu’en même temps il donnait la mort à ceux qui lui sont les plus proches.
Ainsi en va-t-il de la force des borgnes qui sont effectivement très forts pour semer la mort, et bien plus faibles pour créer la vie.
Ainsi en va-t-il de la responsabilité de création du dirigeant qui seul sait donner vie aux projets, ses deux yeux bien ouverts. Son processus de prise de décision doit ainsi lui permettre, comme celui qu’Arnaud Dufournier a suivi, de toujours œuvrer pour la vie et encore plus d’envies, vérifiant que les modifications de structure sont bien comprises, la cohérence et l’intégrité du corps du projet sont maintenues et que nous disposons de l’organisation efficiente pour mener l’opportunité jusqu’à sa complète réussite.

Réaction d’Arnaud Dufournier à la découverte de ce conte

J’ai beaucoup aimé la manière de reprendre l’histoire au travers d’un conte qui de prime abord n’a pas de lien évident avec ce que j’ai vécu, puis la “révélation” finale qui décrypte avec justesse l’ensemble de la démarche de création. Cette relecture de l’histoire au travers du conte permet ainsi, au-delà de la réalité quotidienne, de prendre du recul sur les ressorts fondamentaux de l’entrepreneur et sa quête mais aussi les responsabilités associées.

En s’éloignant du contexte pour mieux y revenir, le conte (ou la fable) nous recentre sur l’essentiel.



Une chronique

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