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Mathieu-Robert Jourda: La désespérance française

Mathieu-Robert Jourda: La désespérance française

Une chronique de libre opinion de Mathieu-Robert Jourda: le Politique a perdu le contrôle de l’Economique, j’ai lancé cette accusation ici en avril dernier, je la réitère et je l’amplifie en signalant son méfait le plus profond et le plus grave : la désespérance généralisée.


Je ne suis pas le premier à lancer cette alerte, juste un des rares analystes à le faire. Lors du fameux congrès de Reims du Parti Socialiste en 2008, la motion Benoît Hamon disait : « Nos compatriotes souffrent. L’angoisse, la désespérance sociale sont fortes ». Elle n’a obtenu que 19 % des voix, tandis que Gérard Collomb faisait triompher avec 29 % sa thèse « Fiers d’être socialistes ». Le Politique revendiquait le droit d’être aveugle.

Définition de la désespérance : état d’une âme qui tombe dans un découragement profond, un accablement propre à celui qui a perdu toute espérance (CNRTL). Mon métier me confronte à une désespérance très inquiétante, celle de la jeunesse. La problématique est que depuis l’adolescence jusqu’à la trentaine se joue la capacité de participer, en tant qu’être humain singulier, à la transformation du monde qu’opère nolens volens la société tout entière. Et j’ai écrit (livre à paraître) : « Si nous voulons que notre planète soit vivable, il ne suffit pas de favoriser les bons opérateurs, il faut faire en sorte que tous les citoyens participent à l’œuvre, et si les considérations éthiques ne sont pas suffisantes pour soutenir cette action, il faut prendre conscience que les exclus seront saisis par le désespoir et interviendront en assassins dans la société des gens heureux ».

L’allusion est claire, il s’agit du comportement des jeunes issus de l’immigration, en particulier les Maghrébins. Leur besoin est de prendre une place dans la société active. Mais pour bon nombre des jeunes de cette tranche d’âge – 18-29 ans -, ce besoin d’accomplissement se réduit de force au simple besoin de gagner le minimum vital. Cette frustration ne peut qu’engendrer de la colère. Les origines ethniques avec leurs conséquences culturelles ajoutent une angoisse supplémentaire en tant qu’elles révèlent et exposent une non-appartenance psycho-sociale au milieu où l’on vit. C’est bien le cas des descendants d’immigrés arabes : un frustré pauvre d’origine auvergnate se sentira toujours un descendant de Vercingétorix donc membre inexpulsable de la communauté et susceptible de bénéficier de ses atouts, tandis qu’un « bougnoule » miséreux mécontent de son sort ne sera verra enjoint que de retourner d’où il vient. Alors si la religion ancestrale vient lancer l’obligation de combattre les mécréants, voilà une raison supplémentaire pour se révolter. Et comme le Coran dit que « vous ne les aurez pas tués, car Allah les a tués » (sourate 8, verset 17), assassiner en masse est non seulement un devoir mais une bonne action.

La désespérance n’atteint pas que les « marginaux », elle affecte les enfants de bourgeois, parce que prendre sa place dans la société économique n’est plus une question de culture, c’est un combat où les origines ethniques ne sont nullement un atout. Elle déclenche l’usage de la drogue. Baudelaire en 1860 avait écrit dans son livre Les Paradis artificiels, citant un usager : « Il lui semblait, chaque nuit, qu’il descendait indéfiniment dans des abîmes sans lumière, au-delà de toute profondeur connue […]. Et, même après le réveil, persistait une tristesse, une désespérance voisine de l’anéantissement ».  La vertu (quel joli nom !) de la drogue est de remplacer provisoirement le désespoir par une béatitude purement physiologique. Hélas quand cet effet s’arrête, l’angoisse est toujours là. Alors ceux qui croient que la colère est une invitation à la combattre deviennent violents, et s’ils croient que Dieu bénit la violence, ils deviennent des tueurs, parce que dans leur cas le meurtre permet d’accéder au bonheur céleste, éternel celui-là.

Une analyse officielle dit que 689 français font du jihad en Syrie. Quand la coalition des états démocratiques aura terminé son combat, ils seront tous morts. Cette mort collectivement acceptée est la conséquence de l’acceptation de l’Economie sauvage, économie inhumaine, économie désespérante par nature.

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Une rubrique de libre opinion du Journal de l’éco

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