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Mathieu-Robert Jourda : Les scientifiques (économistes) n’ont pas le contrôle de l’Economie

Mathieu-Robert Jourda : Les scientifiques (économistes) n’ont pas le contrôle de l’Economie

Une chronique de libre opinion de Mathieu-Robert Jourda : j’ai affirmé que le Politique a perdu le contrôle de l’Economique, eh bien il y a plus grave : les économistes l’ont perdu aussi.


Cet aveu, on le trouve paradoxalement dans le livre récent et remuant de Cahuc et Zylberberg intitulé  » Le négationnisme économique ». Ces économistes incontestablement qualifiés démontrent de façon convaincante que l’Economie peut être une science, catégorie sciences expérimentales, et comme telle énoncer avec fiabilité des lois qui expliquent les phénomènes observés et permettent de prévoir leurs occurrences. Ils mettent donc un bonnet d’âne sur la tête de tous ceux qui accusent l’Economie d’être un tissu d’arguties théoriques et qui s’autorisent en conséquence à proposer les analyses ou les projets d’actions les plus farfelus. L’ennui c’est que les analyses scientifiques, bien loin de permettre des prévisions sûres, aboutissent généralement à des conclusions du genre : il se produira sans doute ceci mais ça peut être son contraire.

Voici un exemple tiré du livre cité. En 2009, aux USA, devant l’ampleur de la crise financière, Barack Obama lance le Recovery Act (traduction : loi pour le redressement économique) budget 787 milliards de dollars. C’était l’application de la théorie keynésienne qui dit qu’en période de récession, il faut augmenter la dépense publique. Paul Krugman, prix Nobel d’économie 2008, déclare aussitôt qu’on n’a pas été assez loin ! Dans les jours qui suivent, 200 économistes dont trois prix Nobel annoncent dans le New York Times et le Wall Street Journal une conviction inverse : « Une baisse des taxes et une diminution du poids de l’Etat sont les meilleures politiques fiscales pour favoriser la croissance » !!!

Cahuc et Zylberberg avouent être ébranlés par cette controverse mais ils l’expliquent par l’insuffisance des connaissances à l’époque, et ils s’empressent de dire que des progrès instantanés ont été faits justement à cause des interrogations provoquées par cette « Grande Récession ». Qu’est-il résulté de cette réflexion dans ce contexte de défi intellectuel ? A-t-on pu dire qui avait tort et qui avait raison ? La réponse est : « On sait mieux aujourd’hui sous quelles conditions ces politiques ont un effet multiplicateur sur l’activité et aussi sous quelles conditions, elles peuvent, au contraire, devenir défavorables ».

Enfin on respire, on va pouvoir prendre des décisions politiques sensées grâce à l’identification scientifique de ces conditions du succès. Hélas un autre aveu suit aussitôt : « Il est très difficile de mettre en évidence une relation de cause à effet allant dans ce sens [la dépense publique booste l’activité] car la dépense publique est un élément parmi de nombreux autres qui agissent sur le niveau de l’activité économique. Comment apprécier ce qui revient en propre à la dépense publique au milieu de ces multiples facteurs ? » Exemple de facteurs autres qui agissent : « Les dépenses publiques n’ont (…) pas systématiquement des effets multiplicateurs positifs dans les zones avec un sous-emploi important ; il faut aussi que ces zones disposent de services publics de qualité et que la population ait un bon niveau d’éducation ». Comment pourrait-on quantifier des facteurs qui s’appellent qualité des services et bonne éducation ?

Nos deux auteurs économistes vont ensuite s’employer à démêler ces éléments accessoires et perturbateurs. Ils ne donneront pas la solution finale dans leur livre, mais ils feront un plaidoyer pour que tous ceux qui affrontent ces problèmes s’efforcent de pratiquer la réflexion économique comme une science expérimentale.

J’approuve sans réserve cette invitation et je me permets de faire, avec toute l’humilité qui convient, mais au nom d’une certaine connaissance (publiée) des motivations de l’homme au travail, une suggestion sur une recherche spécifique qui pour moi s’impose sur un tel sujet : les acteurs de l’économie – entrepreneurs, travailleurs, investisseurs, banquiers… – sont des êtres humains pétris de subjectivité et ne peuvent pas être rationnels face aux biens dont la valeur s’exprime en monnaie. Je propose donc que l’on pratique l’ECOPSYCHOLOGIE. Et je ne demande pas le prix Nobel pour cette recommandation.

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