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Auvergne

Analgésia, pour en finir avec la douleur

Analgésia, pour en finir avec la douleur
Alain Eschalier

Installé à Clermont-Ferrand, l’Institut Analgesia innove dans le domaine de la douleur et développe un programme ambitieux présenté au grand public à l’occasion de la journée mondiale contre la douleur.


Migraine, douleur neuro-faciale, fibromyalgie

Une personne sur cinq souffre de douleur chronique et cependant “la douleur est la grande oubliée de la médecine. La recherche classique ne s’y intéresse pas assez”, regrette Alain Eschalier, Directeur de recherche de l’unité INSERM NEURODOL et Président d’Analgesia. Son impact psychologique sur les patients est important, un patient sur deux a une qualité de vie très altérée. Son impact économique est également considérable : cela participe à de nombreux arrêts de travail ; jusqu’à 4 mois par an pour 1 patient sur 2.
Or, dans la prise en charge de la douleur chronique, Alain Eschalier veut croire qu’il n’y a pas comme seule réponse que les médicaments actuellement commercialisés d’autant plus que la pharmacopée est plutôt réduite et ne vient pas soulager tous les patients. “Au début des années 90 les firmes pharmaceutiques pensaient qu’on avait trouvé le remède de référence mais son échec nous amène à penser qu’il faut déployer de nouvelles stratégies, partir de la clinique et alimenter la recherche.” C’est le propos d’Analgesia qui lance, pour développer la recherche, un appel à la générosité publique.

Une expertise considérable dans le domaine de la lutte contre la douleur

L’Institut Analgésia est un pôle unique en Europe de recherche pour le développement de traitements antalgiques innovants. Au sein de l’Institut Analgesia, les chercheurs s’intéressent au corps dans son ensemble. Recherche et soins ont été réunis dans le même bâtiment. L’objectif est d’obtenir un rapprochement entre médecins et chercheurs autour du patient avec pour objectif de développer de nouveaux médicaments et des stratégies adaptées à chaque type de patient.

Des axes de travail innovants

Chercher à comprendre le mécanisme d’action des médicaments antalgiques efficaces a été le point de départ des chercheurs au sein d’Analgésia. Dans l’exemple de la morphine, produit de référence par excellence mais dont les effets secondaires sont lourds et pour lesquels il existe de nombreux cas où cela ne fonctionne pas, il s’agissait d’arriver à dissocier les effets bénéfiques et les effets indésirables. “Nous avons alors étudié et on a trouvé que l’on avait un moyen d’activer directement le canal TREK.” (1) Le but d’Analgésia n’étant pas de développer ses recherches vers la fabrication d’un produit, c’est INNOPAIN (2), une startup créée pour développer cet activateur du canal TREK, qui en est chargée.
Ne rêvons pas, un tel développement n’est pas pour demain et demandera à INNOPAIN plusieurs années de travail.
Un des grands axes de travail d’Analgésia est de regarder également du côté des médicaments existant qui pourraient agir sur la douleur neuropathique induite par la chimio. Un essai est en cours pour tenter de repositionner sur la douleur un médicament existant. Cette stratégie devrait prendre moins de temps que le développement d’un nouveau médicament et c’est une piste très sérieuse. Tout comme l’est l’étude entreprise par l’Institut pour repositionner le patient au cœur du dispositif.

Le patient au cœur du projet

“Il faut changer de logiciel. Il faut reprendre les choses à la base et, même si nous sommes pharmacologues, s’ouvrir à d’autres stratégies thérapeutiques. ” Un point de vue que Alain Eschalier partage avec son collègue du CHU de Saint Etienne, le Docteur Laurent, qui travaille également sur la douleur avec 2 psychologues pratiquant l’hypnose sur des groupes de patients : ” Notre équipe de recherche travaille sur les liens cerveau-douleur et émotion- douleur pour chercher à comprendre comment ça fonctionne.” Y compris dans le milieu médical, il y a beaucoup d’idées reçues sur la douleur, or les chercheurs partent du constat que l’on n’a pas tous la même perception de la douleur ni les mêmes mots pour l’exprimer. La stratégie du médecin est d’aller chercher la cause de la douleur pour aller au diagnostic car la douleur c’est aussi une émotion. Dans les centres de douleur on voit des échecs de stratégies thérapeutiques et on écoute l’histoire du patient.
L’équipe des chercheurs d’Analgésia reconsidère le problème en partant de l’idée que tout part du patient ; un même “accident” ne créé pas la même douleur. ” Il s’agit donc de partir du patient pour aller au labo et non l’inverse en intégrant dans la démarche le parcours de soin et en impliquant la famille.”
L’originalité de la démarche de l’Institut Analgesia tient aussi dans sa capacité à développer des partenariats public/privé et à faire collaborer médecins et vétérinaires dans le cadre du concept « one health (une seule santé = santé humaine et santé animale* progressent de concert, ce qui explique que VetAgro Sup soit partie prenante du projet). Autant dire, aux antipodes de la recherche traditionnelle.

Une recherche à grande échelle

Ce travail d’accompagnement au cas par cas n’est pas antinomique avec une recherche à grande échelle dont l’objectif est de “caractériser les patients pour faire une nouvelle sémiologie de la douleur chronique. On va stratifier et alimenter la recherche clinique et fondamentale si on caractérise des sous-groupes de patients. On pourra ainsi donner des indications aux médecins de famille.”
L’objectif de ces chercheurs est ” d’avoir accès à des études multicentriques, aller chercher d’autres symptômes grâce aux outils connectés et développer des cohortes de patients pour travailler à grande échelle “. Ils s’appuient à la fois sur un réseau français de soignants et une cohorte de 15 000 patients qui leur permettra d’obtenir des résultats significatifs mais aussi sur la collaboration de 10 centres de la douleur, 6 laboratoires de recherche en chimie, pharmacologie, médecine connectée, 8 entreprises auvergnates, 3 entreprises européennes et 2 grands laboratoires pharmaceutiques et en collaboration avec des associations de patients.

A la recherche de sponsors

Analgesia crée une fondation afin de pouvoir construire une structure plus ambitieuse. Les premiers soutiens sont les organismes de tutelle, les associations de patients, les collectivités territoriales (ville de Clermont, Conseil régional), des entreprises comme le laboratoire Thea ou IKEA France (société intéressée par la problématique de la douleur concernant ses propres salariés). L’Institut a déjà réussi à réunir la somme de 1,3 M€ grâce à des mécènes importants et fait appel à la générosité publique notamment via les plateformes participatives Ulule ou HelloAsso. 25 000 euros ont été collectés auprès des Auvergnats mais il manque encore des donateurs pour avancer et pouvoir ” développer de nouveaux projets” explique Alain Eschalier.

(1) Dans cette étude, l’équipe de recherche a démontré que ce canal est impliqué dans l’effet antalgique de la morphine sans participer à ses effets indésirables. L’activation directe de ces canaux pourrait donc conduire à une analgésie de type morphine.

(2) INNOPAIN Biopôle Clermont Limagne – Zone de la Varenne – Rue Henri et Gilberte Goudier – 63360 Saint-Beauzire



Un article de la rédaction du Journal de l’éco

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